le 5 décembre 2019 | Par: Tony Genua

Entretien

2.5 min de lecture

La dernière décennie a été l’une des meilleures que les marchés boursiers américains aient connues. Tony Genua, gestionnaire de la stratégie d’actions américaines AGF, nous explique ce que réservent, selon lui, les 10 prochaines années pour cette catégorie d’actions, la plus populaire du monde.   

 

Vous avez connu différentes conjonctures de marché depuis que vous travaillez dans le secteur. À l’aube de la nouvelle décennie, à quoi les investisseurs en actions doivent-ils s’attendre au cours des 10 prochaines années, selon vous?

Je suis heureux que la question porte sur les 10 prochaines années et non sur les 12 prochains mois. En examinant l’évolution des marchés américains au cours du dernier siècle, on peut tirer un certain nombre d’enseignements susceptibles de nous éclairer sur ce qui nous attend lors de la décennie à venir. Premièrement, les rendements à 10 ans de l’indice S&P 500 ont été positifs 94 % du temps au cours des 100 dernières années, selon des données de Bloomberg. Ils ont été négatifs à trois reprises : dans les années 1930 (lors de la Grande dépression), au début des années 1970 (lors du choc pétrolier) et de 2008 au tout début des années 2010 (période précédée par l’éclatement de la bulle technologique et s’achevant par la crise financière mondiale). Dans la mesure où les rendements à 20 ans n’ont jamais été négatifs, les rendements sur 10 ans ont systématiquement été positifs après une période difficile. Fait intéressant, bien que les décennies de rendements négatifs aient été suivies de décennies de rendements positifs, on n’observe pas de corrélation entre l’ampleur des rendements d’une décennie donnée et les résultats de la décennie suivante. Selon certains, les rendements affichés par le marché boursier entre 2010 et 2019 ont été si élevés que les années 2020 risquent d’être plus difficiles. Peut-être. Mais je m’attends personnellement à ce que les marchés boursiers affichent des rendements conformes aux normes historiques, soit d’environ 9 % à 10 %. Ce chiffre est particulièrement attrayant par rapport à ce que l’on peut raisonnablement espérer tirer de la plupart des titres à revenu fixe, compte tenu de l’extrême faiblesse des taux d’intérêt à l’aube des années 2020.

 

Quelles sont, selon vous, les tendances qui ont alimenté les rendements et en quoi les choses pourraient-elles changer au cours de la prochaine année et de la prochaine décennie?

Il est évident que plusieurs tendances importantes ont émergé au cours des 10 dernières années. Nous avons vu apparaître les réseaux sociaux, le commerce électronique, la diffusion en continu de contenu comme la vidéo, la musique et les baladodiffusions, ainsi que des innovations comme les infrastructures et les solutions infonuagiques, mais aussi l’intelligence artificielle, les véhicules électriques, hybrides et autonomes, et la médecine personnalisée. Ces tendances et d’autres continueront d’influer sur l’économie mondiale, dans la mesure où elles donnent lieu à l’apparition de nouveaux produits et services. Ce qui est intéressant du point de vue des placements, c’est que certaines de ces tendances sont relativement bien établies et éventuellement exposées au risque d’une perturbation, alors que d’autres commencent tout juste à profiter d’un énorme marché potentiel qui n’est pas encore totalement développé.

 

Il semble que nombre de ces tendances soient associées à un style d’investissement axé sur la croissance, lequel a eu le vent en poupe au cours des 10 dernières années. Cela peut-il continuer?

La dernière décennie a en effet été très positive pour la croissance, ce qui n’a rien d’étonnant compte tenu de l’amélioration des données fondamentales des entreprises ayant participé à la plupart de ces tendances. La reprise économique enregistrée à la suite de la crise financière mondiale est par ailleurs la plus longue de l’histoire, mais également la moins vigoureuse des 75 dernières années. Les secteurs, les industries et les entreprises caractéristiques des placements de valeur n’ont donc pas bénéficié de la hausse cyclique qui avait accompagné les cycles précédents. D’autres éléments entrent également en ligne de compte dans le débat entre croissance et valeur, comme le passage à une économie davantage axée sur les services et le changement de comportement des jeunes consommateurs, ou encore l’importance des investissements dans des immobilisations incorporelles, par opposition aux immobilisations corporelles, et la définition même de ce qui constitue un investissement de croissance ou de valeur. Il convient aussi de voir la façon dont la croissance se comporte par rapport à la valeur dans une perspective à très long terme. De ce point de vue, la croissance a encore beaucoup de progrès à faire, puisqu’elle n’a surclassé la valeur qu’au cours de deux des neuf dernières décennies, selon des recherches effectuées par FTSE Russell.

 

Rendements globaux aux États-Unis de l’indice S&P 500 (1937-2018)
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Source: Remarque: Vous ne pouvez pas investir directement dans un indice. Rendements par année civile affichés en dollars américains.

 Quelque chose à ajouter pour conclure?

On entend souvent qu’il faudra faire preuve de prudence à l’égard des actions américaines au cours de la prochaine année, en raison de la longueur de l’actuel cycle de croissance économique et du marché haussier qui en découle. Il existe bien sûr des obstacles connus responsables des difficultés économiques, comme la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le Brexit, les prises de position défavorables au marché de certains candidats aux élections, la très brève inversion de la courbe des taux et la faiblesse de la confiance des dirigeants d’entreprises. La plupart de ces éléments sont en lien avec la fin de la croissance économique. Malgré ces risques, je n’anticipe pas de récession en 2020; les bénéfices des sociétés devraient par ailleurs augmenter, ce qui fera grimper les cours des actions. Je recommande aux investisseurs de garder le cap et de conserver une exposition aux actions américaines adaptée à leur portefeuille. Comme l’a dit Warren Buffett : « La bourse est faite pour transférer de l’argent de l’investisseur actif à l’investisseur patient. »

 

Tony Genua, Vice-président principal et gestionnaire de portefeuille, Placements AGF Inc.

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