Bien combiner les facteurs

Par: Mark Stacey et Bill DeRoche • le 10 octobre 2018

Les portefeuilles multifactoriels bâtis à partir d’actions individuelles peuvent contribuer à cibler de façon plus précise les expositions souhaitées et mener à de meilleurs résultats.

Un portefeuille qui présente une diversification factorielle peut produire de meilleurs rendements corrigés du risque au fil du temps. Cela dit, lorsqu’il est question de rendements futurs, les méthodes de combinaison des facteurs ne présentent pas toutes le même degré d’efficacité.

Même s’il est courant de diversifier des placements à l’aide d’un ensemble de stratégies unifactorielles ou de fonds d’investissement distincts, il s’avère plus judicieux de suivre une approche multifactorielle reposant d’abord sur des titres individuels et sur la manière dont les diverses caractéristiques d’un titre doivent s’agencer avec celles des autres.

Les investisseurs peuvent ainsi trouver un juste équilibre entre les expositions aux facteurs souhaitées et les ajuster plus facilement selon l’évolution du marché.

Les approches fondées sur un seul facteur et les approches multifactorielles

Les avantages de combiner divers facteurs ont fait l’objet de nombreuses études au fil des années. Au nombre de celles-ci figurent les recherches menées par Clarke, de Silva et Thorley1, lesquelles ont révélé que les portefeuilles axés sur un seul facteur présentent une plus grande volatilité et produisent des résultats moins uniformes que les portefeuilles combinant plusieurs facteurs, qui sont en mesure de générer des rendements relatifs supérieurs sur de longues périodes.

Cette différence découle du fait qu’il est difficile de prévoir (et de rééquilibrer) les rendements des facteurs en raison de leur caractère intrinsèquement cyclique. Même si l’on s’attend à ce que les facteurs affichent des résultats supérieurs à long terme, leur efficacité fluctue avec le temps. À ce sujet, le momentum, la qualité et la faible volatilité sont généralement demeurés en tête de peloton dans les dernières années, tandis que la valeur et la taille ont eu tendance à tirer de l’arrière. Cette situation tranche avec le début des années 2000 lorsque, après l’effondrement du secteur des technologies de l’information, la valeur a affiché des résultats nettement supérieurs, tandis que le momentum a accusé un important retard. Qui plus est, un facteur faisant bonne figure peut rapidement se retrouver en queue de peloton l’année suivante. Prenons le momentum, par exemple. En 2015, ce facteur a progressé davantage que la qualité, la taille et la valeur, tandis qu’en 2016, il a dégagé des rendements inférieurs à ces trois derniers. Le contraire s’est déroulé pour la valeur : celle-ci a enregistré un rendement inférieur en 2015, mais a affiché une bonne tenue en 2016.

Même si l’on s’attend à ce que les facteurs affichent des résultats supérieurs à long terme, leur efficacité fluctue avec le temps.

La diversification selon ces facteurs de style est aussi avantageuse en raison de leurs corrélations uniques les uns avec les autres, ainsi qu’avec l’ensemble du marché. Le momentum a été corrélé de façon inverse avec la valeur, alors que ces deux facteurs présentent une faible corrélation avec la qualité. La taille, en revanche, a tendance à être positivement corrélée à l’ensemble du marché, contrairement à la faible volatilité.

Établir une stratégie multifactorielle à partir de titres individuels

Pour combiner des facteurs et tirer pleinement parti de leurs interactions, de nombreux investisseurs répartissent leurs placements dans un certain nombre de stratégies ou de fonds axés sur un seul facteur. Par exemple, ils peuvent investir dans un fonds de valeur et le combiner à une position dans un fonds axé sur le momentum, ou recourir à une technique plus sophistiquée, qui consiste à acheter des actions de plusieurs fonds caractérisées par un facteur précis.

Cette méthode peut offrir une certaine exposition à un ensemble prédéterminé de facteurs souhaités. Il pourrait toutefois en être autrement si les facteurs combinés sont inversement corrélés entre eux. Prenons un investisseur qui investit dans des fonds de valeur et des fonds axés sur le momentum. Il se peut que son exposition souhaitée aux facteurs soit réduite ou éliminée. 

Facteurs en mouvement – rendements depuis 2008

Différentiel du rendement moyen sur 12 mois des titres situés dans le premier et le dernier quintiles de l’indice MSCI Monde (tous pays). Classement selon les différentes valeurs factorielles au début de chaque année.

Source : AGFiQ, valeurs factorielles FactSet utilisées (pour le groupe de facteurs indiqués ci-dessus) : cours/valeur comptable (valeur), capitalisation boursière (taille), volatilité sur 300 jours (volatilité), rendement des capitaux propres (qualité), fluctuation du cours sur 12 mois (momentum).

Une meilleure approche multifactorielle consiste à bâtir un portefeuille en procédant d’abord à une analyse quantitative de titres individuels.

En outre, on tient peu compte du fait qu’en combinant des stratégies fondées sur un seul facteur, les actions individuelles fournissent généralement une exposition à plus d’un facteur et sont donc présentes dans plusieurs de ces stratégies. Cette réalité pourrait entraîner une concentration excessive dans un titre, un secteur ou une région en particulier. Par exemple, un titre qui présente des caractéristiques de valeur peut aussi s’avérer être un titre de qualité ou être caractérisé par sa taille. Il est donc possible qu’un investisseur investisse dans ce même titre à l’aide de plusieurs stratégies unifactorielles.

De plus, ces caractéristiques varient sans cesse avec le temps. S’ils ne prennent pas ces éléments en considération, les investisseurs risquent d’être plus exposés qu’ils ne le souhaitent à un ou plusieurs facteurs. Cela aura alors pour effet de réduire les avantages que procure la combinaison de facteurs dans leur portefeuille et d’engendrer des risques significatifs et imprévus. Par conséquent, une meilleure approche multifactorielle consiste à bâtir un portefeuille en procédant d’abord à une analyse quantitative de titres individuels.

Cette méthode permet aux investisseurs de sélectionner des titres dans un univers plus vaste au lieu de se limiter à quelques portefeuilles axés sur un seul facteur, d’autant plus qu’elle tient compte des résultats découlant de la combinaison de titres individuels qui présentent des caractéristiques différentes, afin de garantir une correspondance entre les facteurs souhaités et de réduire au minimum les expositions involontaires.

Une étape fondamentale dans le cadre de ce processus est l’élaboration d’un modèle de prévision qui classe chaque action d’un univers donné selon l’attrait de son rendement au moyen d’un système de pointage multifactoriel.

Ce type de modèle peut être personnalisé pour tenir compte des expositions recherchées et comporter divers contrôles et contraintes, comme des pondérations de titres, de secteurs et de régions, afin de cibler les sources et degrés de risques auxquels le portefeuille doit être exposé.

Ce processus doit être mis en œuvre efficacement et faire régulièrement l’objet d’une surveillance et d’un rééquilibrage, au besoin, pour veiller à obtenir les expositions voulues, quelle que soit l’évolution des marchés. La constitution d’un tel portefeuille multifactoriel exige un grand savoir-faire, d’importantes ressources et une surveillance élevée, ce dont bénéficient rarement les méthodes peu efficaces qui combinent des stratégies axées sur un seul facteur. Si tout le processus n’est pas mis en œuvre de façon adéquate, il est probable que celui-ci n’obtienne pas tous les résultats prévus, voire aucun d’entre eux.

Si elle est bien exécutée, une méthode multifactorielle fondée sur des actions individuelles peut contribuer à cibler les expositions aux facteurs souhaités avec bien plus de précision, de sorte à augmenter le degré d’exactitude et de souplesse et à procurer de meilleurs résultats aux investisseurs.

(1) Fundamentals of Efficient Factor Investing, par Roger Clarke, Harinda de Silva, CFA, et Steven Thorley, CFA, Financial Analyst Journal, volume 72 – numéro 6; 2016 CFA Institute.

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 25 septembre 2018, et ils ne devraient pas être considérés comme des conseils personnels en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie.

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La société AGFiQ Gestion de l’actif (AGFiQ) représente une collaboration entre des professionnels de l’investissement issus des sociétés Gestion de placements Highstreet, gestionnaire de portefeuille inscrit au Canada, et FFCM, LLC (FFCM), conseiller inscrit aux États-Unis. Cette collaboration constitue l’équipe d’investissement quantitatif.

Date de publication : le 10 octobre 2018