Les élections en Italie aboutissent à la montée des partis populistes d’extrême droite

Par: Placements AGF • le 5 mars 2018
Les Italiens sont allés aux urnes le dimanche 4 mars pour des élections nationales, les premières depuis 2013, et aussi pour des élections régionales en Lombardie et dans le Latium. Le taux de participation a atteint un niveau élevé, soit 74 %. Les votants ont élu les nouveaux membres de la Chambre des députés (630 sièges) et du Sénat (320 sièges), conformément à la nouvelle loi électorale (« Rosatellum ») en vertu de laquelle deux tiers des sièges sont alloués par un système purement proportionnel et le reste par un système uninominal majoritaire. Les sièges n’ont donc pas encore été officiellement attribués. Néanmoins, les deux chambres ont essentiellement le même poids politique, l’approbation des deux étant requise pour former un nouveau gouvernement. En vertu de la nouvelle loi, si aucun parti ou aucune coalition n’obtient une majorité, ce sera au président Sergio Mattarella de décider à quel parti ou à quelle coalition il incombera de former un gouvernement à la suite des élections.

Les résultats des élections montrent qu’aucun parti ni aucune coalition n’a obtenu une majorité absolue (40 %), ce qui laisse le parlement sans parti dominant, car les électeurs ont afflué en nombre sans précédent vers des groupes antisystèmes et d’extrême droite, faisant valoir un « vote de protestation » (voir les figures 1 et 2). Le Mouvement 5 étoiles (M5S), dirigé par Luigi Di Mario (31 ans), a vu sa popularité croître plus vite que prévu et s’impose comme le premier parti, tandis que le Parti démocrate (PD) au pouvoir, dirigé par le premier ministre Matteo Renzi, et le parti de centre droit Forza Italia, de l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi, ont subi les plus importants revers. Le mouvement populiste de droite, la Ligue du Nord, a aussi obtenu de meilleurs résultats que prévu. Les deux partis populistes rassemblent maintenant 50 % des voix, du jamais vu en Europe, où le vote populiste est partout en ascendance depuis plusieurs années, sans pour autant obtenir ne serait-ce que la moitié du scrutin. Ces résultats sont survenus en dépit de la bonne tenue de l’économie italienne.
Source : (graphique de gauche) The Guardian, 5 mars 2018. (graphique de droite) Cornerstone Macro Research, 5 mars 2018. Part des votes avec 99 % des districts déclarés. Les segments centre gauche et centre droit sur le graphique de droite comprennent aussi d’autres partis de centre gauche et de centre droit qui ne sont pas indiqués sur le graphique de gauche.
Source : Cornerstone Macro Research, 5 mars 2018.

Alliances éventuelles, risques et incidences

Pour le moment, un gouvernement alliant centre gauche et Mouvement 5 étoiles semble être le scénario le plus probable, quoique la formation d’une nouvelle alliance réunissant suffisamment de votes pour permettre un gouvernement stable nécessitera un intense programme politique et prendra vraisemblablement du temps. Un gouvernement emmené par le Mouvement 5 étoiles avec le soutien de la Ligue du Nord ou par le centre droit avec un certain soutien du centre gauche sont d’autres scénarios possibles. S’il n’est pas possible de former un gouvernement, de nouvelles élections se tiendront probablement au début de l’été ou de l’automne. Cependant, si on se fie aux constats de l’expérience passée, un nouveau gouvernement, s’il est formé, ne durera probablement pas plus d’un an.

Malgré la montée des partis antisystèmes et d’extrême droite, un retrait de l’Italie de l’UE (ou « Italexit ») semble pour le moment peu probable. En effet, même s’il y avait une forte volonté de quitter l’UE, il y a très peu de chances que cela se réalise au vu des barrières juridiques et constitutionnelles à surmonter. Cependant, la simple possibilité qu’un gouvernement italien entretienne de tels objectifs déconcerterait les marchés, comme on a pu le constater l’an dernier. Le plus gros risque réside peut-être dans une « paralysie » prolongée, qui conduirait à l’absence de changements politiques et au manque de réformes économiques désespérément nécessaires. En outre, les tensions entre l’Italie et ses partenaires européens risquent de s’intensifier, car il se pourrait que ces derniers soient moins enthousiasmés par les alliances nouvellement forgées. Cela pourrait inciter les partenaires de l’Italie à exiger une réduction des risques sur le plan national avant que d’autres mesures ne soient prises pour l’intégration et le partage des risques à l’échelle de l’UE.

Les politiques budgétaires du Mouvement 5 étoiles et des autres partis avec lesquels il pourrait former des alliances sont un autre sujet de préoccupation possible. Le Mouvement 5 étoiles et le centre droit sont tous les deux en faveur d’un net assouplissement budgétaire, quoiqu’ils aient fait part de leur intention de réduire la dette publique par rapport au PIB; le Mouvement 5 étoiles, de son côté, a déclaré vouloir viser un déficit budgétaire de 3 % et réduire le rapport dette publique-PIB de 40 % au cours des 10 prochaines années. Heureusement, la Commission européenne a des antécédents historiques peu reluisants en matière d’application de son Pacte de stabilité et de croissance, qui exige que les pays ne dépassent pas un déficit budgétaire de 3 % à moins d’entreprendre des réformes structurelles de grande envergure. Ce qui est tout aussi problématique, c’est le projet du centre droit d’introduire, entre autres changements, un impôt à taux unique de 23 % sur le revenu des particuliers et des sociétés, pour un coût total d’environ 104-130 milliards d’euros, ou 7-8 % du PIB.

Les difficultés économiques ont contribué à la grogne en Italie

Même si une sortie de l’euro n’est pas une option viable pour l’Italie, la situation économique désastreuse du pays entraînera probablement des tentatives continuelles, ou du moins l’intention, de l’électorat de le faire. Bien que le redressement économique cyclique en cours puisse apaiser des craintes à court terme, la frustration que causent les performances économiques de l’Italie n’a rien de nouveau, car le pays traverse une situation économique difficile depuis deux décennies. Cela est surtout en évidence dans le revenu disponible des particuliers en Italie durant la période 1998-2017 (figure 3). Le revenu des Italiens a diminué depuis le lancement de l’euro, un cas unique par rapport à d’autres pays européens. Le pays a aussi perdu un peu de sa capacité concurrentielle depuis l’introduction de l’euro (figure 4).

Source : Datastream, TS Lombard, mars 2018.

Et ensuite?

Nous nous attendons à ce que l’incertitude persiste et que la volatilité s’intensifie en Italie durant les tractations sur la formation d’une nouvelle coalition. Le nouveau parlement devra se réunir pour la première fois d’ici le 23 mars et nommer un président à la tête de chacune des deux chambres. Si aucune position ne se dessine clairement concernant le prochain gouvernement, la nomination des présidents sera un important test de la volonté des partis de coopérer. Il s’ensuivra une phase de consultation sous la direction du président de la République Sergio Mattarella. Cette phase sera suivie de près, car le président de la République aura la délicate mission de confier la formation du gouvernement au parti ou à la coalition qui aura le plus probablement rassemblé une majorité pour gouverner.

Le nouveau gouvernement comprendra différents partis qui devront probablement se modérer afin de coexister au sein d’une coalition au pouvoir. Entre temps, la politique vaille que vaille dans ce contexte sera probablement l’option la moins risquée. Depuis quelque temps, la poussée des partis eurosceptiques a attiré plus de 50 % des votes. Il se pourrait donc que Rome soit moins enclin à donner son agrément à toute nouvelle initiative franco-allemande pour compléter l’union monétaire.

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Date de publication : le 5 mars 2018