Répartition 60/40 : une évolution qui s’impose

le 8 décembre 2020 | Par: Tristan Sones, Mark Stacey et Stephen Way

Répartition 60/40 : une évolution qui s’impose

Le principe voulant qu’il soit avisé d’investir 60 % d’un portefeuille en actions et le reste en obligations est, depuis des décennies, un élément fondamental de la répartition de l’actif. Cela ne signifie cependant pas que les tenants de ce principe doivent le suivre à la lettre ou respecter strictement la répartition, surtout dans les conditions dynamiques actuelles du marché.

Les membres de l’équipe de gestion des investissements d’AGF se sont récemment réunis (virtuellement) pour discuter de l’évolution des attitudes et des différents remaniements des portefeuilles 60/40 au fil du temps et pour échanger leurs points de vue sur ce que les responsables de la répartition de l’actif devront prendre en considération à l’avenir.


Quand avez-vous appris l’existence du principe 60/40 et quelle a été votre première impression?

Stephen Way (SW) : J’en ai entendu parler pour la première fois dans le Cours sur le commerce des valeurs mobilières au Canada. À ce moment-là, ce principe ne m’avait pas semblé très logique. Je pensais qu’il s’agissait d’une solution très rigide et simpliste à un problème dont je ne saisissais pas toute l’ampleur. À vrai dire, ma connaissance des placements à cette époque se limitait aux actions; à preuve, je me souviens que le courtier de mon père m’a demandé un jour si je songeais à faire carrière dans les placements en actions ou en titres à revenu fixe, et que je m’étais dit : « les titres à revenu fixe, qu’est-ce que c’est? » Bien entendu, ma vision des choses a changé. La répartition 60/40 s’est avérée être un outil très utile pour constituer un patrimoine à long terme.

Tristan Sones (TS) : En ce qui me concerne, j’en ai entendu parler pour la première fois vers le milieu des années 1990. Je travaillais à AGF, mais je faisais alors partie de l’équipe des technologies de l’information (TI), et non de celle de la gestion des investissements. Je me rappelle que le questionnaire d’évaluation des risques rempli par les clients mettait en correspondance le profil de l’investisseur et une série de portefeuilles optimisés qui regroupaient tous des actions et des obligations dans des proportions variables selon la tolérance au risque des clients. C’est dans ce contexte que j’ai appris en quoi consistait la gestion des catégories d’actifs selon une répartition efficace et comment la combinaison des deux types d’actifs pouvait améliorer la répartition globale d’un portefeuille.

Mark Stacey (MS) : Ma première impression a été semblable. Ce principe n’a pas eu beaucoup d’effet sur moi lorsque j’ai appris son existence et cela tient en grande partie au fait que j’étais jeune et que mon seul objectif était de faire fructifier mon argent en acquérant des actions. C’était l’époque des chasseurs de titres vedettes et des découvertes de gros gisements aurifères. L’action de Bre-X était un incontournable avant que la fraude boursière de cette société minière éclate au grand jour. Je n’étais pas le seul à penser ainsi. Les investisseurs privilégiaient carrément l’obtention de rendements élevés. On prenait le risque plutôt que de le gérer et l’acquisition d’obligations n’avait pas la cote.

Quand le bien-fondé du principe 60/40 a-t-il commencé à vous interpeller de manière plus générale?

MS : L’effondrement des titres technologiques au début des années 2000 a sans doute été l’événement à partir duquel l’idée de gérer le risque, et non de le prendre simplement, a commencé à germer non seulement dans mon esprit, mais aussi dans celui des investisseurs en général, surtout ceux qui détenaient beaucoup d’actions des point.com et avaient été fortement touchés par leur vente massive. Cependant, je pense que la crise financière mondiale a été l’événement déclencheur qui a cristallisé l’importance de la répartition de l’actif et fait de la répartition 60/40 le principe fondamental qu’elle est aujourd’hui. Bien sûr, les investisseurs institutionnels étaient déjà de fervents adeptes de la répartition de l’actif à cette époque, mais un véritable déclic s’est produit quand les investisseurs individuels en général ont commencé à reconnaître les bienfaits de la diversification, non seulement de leurs placements en actions, mais aussi entre les actions et les obligations.

SW : Ces deux événements ont forgé toute une génération d’investisseurs. Plus les gens ont pris conscience des avantages de la diversification au cours des dernières années, plus il est devenu évident, selon moi, que les décisions liées à la répartition de l’actif étaient tout aussi importantes – sinon plus – du point de vue du rendement à long terme que les décisions portant sur le choix des actions ou des obligations.

MS : Et l’élément le plus important est que les investisseurs conservent leurs placements. La plupart d’entre nous conviendront que les rendements des actions devancent ceux des obligations à longue échéance, mais quand on investit seulement dans des actions et que les marchés boursiers chutent de 50 % à deux reprises en moins de dix ans, il est difficile de maintenir une détermination inébranlable. Par conséquent, le constat qu’un portefeuille comportant une composante d’obligations a contribué à atténuer considérablement les pertes pendant ces deux épisodes est une leçon essentielle à retenir.

Si le principe 60/40 est mieux accepté par les investisseurs aujourd’hui, la composition des répartitions sous-jacentes qui le caractérise est de plus en plus complexe depuis quelques années. Qu’est-ce qui dicte cette évolution?

SW : La crise financière mondiale a joué un rôle décisif à cet égard. Cette crise a provoqué de vives inquiétudes concernant l’inflation en raison, essentiellement, des mesures de stimulation colossales qui en ont résulté. Ces craintes ne se sont toutefois pas matérialisées. En fait, la dernière décennie a été dominée par la déflation et, les taux d’intérêt ayant continué de se replier, les investisseurs se sont montrés de plus en plus disposés à prendre des risques plus élevés dans l’espoir d’obtenir des rendements et ont acquis non seulement des titres à revenu fixe, mais aussi des actions. Par conséquent, les répartitions se sont diversifiées, allant des titres de créance à rendement élevé et à ceux des marchés émergents aux actions de croissance à méga-capitalisation, à ce qu’on appelle les « substituts d’obligations » et aux titres peu volatils, plus défensifs.

TS : L’augmentation de la tolérance au risque constitue un important facteur dans les répartitions des titres à revenu fixe, à un point tel, dirais-je, que les obligations ont été le plus fortement touchées par le changement apporté à la répartition 60/40. Les obligations détenues par les investisseurs avant la crise financière mondiale étaient essentiellement des obligations d’État de leurs pays. Or, comme les taux d’intérêt ont continué à reculer et les rendements à devenir plus difficiles à obtenir, les investisseurs ont été forcés de chercher ailleurs et d’envisager l’achat d’obligations de sociétés – de qualité et à rendement élevé – et une diversification accrue à l’échelle mondiale, y compris dans des titres de créance des marchés émergents.

MS : Évidemment, le volet mondial de la répartition en actions est nettement plus important aujourd’hui. Cela tient en partie, pour le moins au Canada, aux modifications de la réglementation sur le contenu étranger apportées il y a quelques années, qui ont permis aux investisseurs de cotiser à des régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER) plus librement sur les marchés mondiaux. Par ailleurs, le constat que la diversification géographique procure en général des rendements non corrélés et a tendance à atténuer la volatilité avec le temps y est aussi pour quelque chose. Malheureusement, les corrélations ne sont pas immuables et de nombreux placements qui font maintenant partie des portefeuilles 60/40 sont devenus plus – et non moins – corrélés ces dernières années, ce qui signifie que les avantages de la diversification diminuent. Cela s’explique en grande partie par la coordination grandissante des banques centrales et le fait que les taux d’intérêt sont pratiquement nuls presque partout dans le monde.

Qu’en résultera-t-il pour le principe 60/40 et la répartition de l’actif?

MS : Ce principe est appelé à évoluer encore plus; on voit déjà ce mécanisme à l’œuvre. Des stratégies centrées sur les placements non traditionnels, soit des positions longues-courtes et des catégories d’actifs alternatifs, par exemple les investissements dans l’infrastructure et le crédit privé, gagnent en popularité pour une raison très simple : ces titres sont peu corrélés aux marchés traditionnels des actions et des titres à revenu fixe. Évidemment, certaines de ces options présentent des risques différents. La liquidité, ou le manque de liquidité, par exemple, est donc appelée à peser davantage dans la détermination des composantes des portefeuilles 60/40.

SW : Le principal risque à moyen ou à long terme, aux yeux des responsables de la répartition de l’actif, est l’inflation. Si l’inflation augmente substantiellement, les taux de rendement obligataires vont monter (et les cours des obligations vont chuter) et un large pan des placements actuels en actions, dont les titres de croissance et les substituts d’obligations, en souffriront vraisemblablement. Il deviendra donc plus impérieux de trouver de nouvelles sources de rendements non corrélées en optant pour d’autres types de placements et en modifiant la répartition des actions et des obligations en faveur de segments de ces catégories d’actifs – les actions de valeur, par exemple – qui ne seront pas touchés par la hausse des taux (toutes autres choses étant égales).

TS : Si l'on considère à quel point les rendements obligataires sont faibles depuis longtemps, il est facile de comprendre que de nombreux investisseurs en viennent à s’attendre à ce que leur répartition en titres à revenu fixe leur procure invariablement une appréciation du capital, en plus du revenu standard auquel on est habitué. En réalité, une génération complète d’investisseurs n’a jamais connu de période de hausse des rendements obligataires ni les pertes qui peuvent en découler. Or, cette situation ne peut sans doute pas durer. À un moment donné, la somme des mesures de stimulation adoptées par les banques centrales et les gouvernements devrait se traduire par une croissance mondiale plus solide et une inflation plus élevée. Peut-être pas à court terme et, oui, plusieurs tendances déflationnistes sont encore observées, mais il est un peu étonnant que l’inflation soit aussi faible depuis si longtemps.

SW : À l’avenir, il se peut qu’aucun placement ne soit à l’abri des risques. À en juger par l’allure à laquelle la planche à billets fonctionne, les investisseurs en viendront sans doute à s’interroger plus sérieusement sur le gonflement des dettes publiques et la valeur des monnaies fiduciaires. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’or est de nouveau prisé en tant que substitut. Prenons comme exemple le Japon. Ce pays est entré en déflation il y a plusieurs décennies même si le ratio de la dette au PIB dépasse 200 % et d’autres pays, comme les États-Unis, pourraient peut-être reproduire ce modèle.

Les responsables de la répartition de l’actif devront-ils effectuer des rajustements stratégiques ou des rajustements foncièrement tactiques?

SW : Il est primordial d’envisager les choses d’un point de vue d’abord et avant tout stratégique et de créer des catégories ou des regroupements d’actif sur lesquels les investisseurs pourront compter au fil du temps. Il est clair que ces stratégies comprendront des actions et des titres à revenu fixe; selon toute probabilité, elles incluront aussi des placements alternatifs. De plus, il faudra peut-être faire preuve de créativité à l’égard des pondérations types de chacune de ces catégories d’actif. Par exemple, plutôt que d’utiliser la répartition 60/40 comme norme pour la plupart des portefeuilles, une répartition 70/30 ou une configuration 60/35/5 tenant compte de placements non traditionnels pourrait être le nouveau point de départ. Cela fait penser à la manière dont les portefeuilles 60/40 sont généralement modulés en fonction de motifs démographiques ou de la tolérance au risque individuelle, et rend compte par ailleurs de la réalité grandissante que les investisseurs moyens devront peut-être prendre plus de risques s’ils veulent obtenir le même rendement que dans le passé.

MS : Une fois que la répartition stratégique est établie, les décisions tactiques entrent en jeu. Dans les périodes de volatilité extrême du marché, la capacité de se départir de placements ou d’en acquérir et celle de rééquilibrer globalement un portefeuille peuvent contribuer à atténuer le risque et à augmenter la production d’alpha, mais il faut pour cela avoir à l’esprit une stratégie générale. Sinon, ces tactiques manquent de discipline.

SW : L’essentiel est d’avoir mis en place une répartition de l’actif qui évolue selon les conditions sous-jacentes du marché. Les investisseurs disposent ainsi d’une plus grande latitude pour limiter leurs pertes et conserver leurs placements.

Tristan Sones

Tristan Sones

CFA®
Vice-président et gestionnaire de portefeuille, cochef de l’équipe des titres à revenu fixe, Placements AGF Inc.
Mark Stacey

Mark Stacey

MBA, CFA®
Vice-président principal, cochef des investissements, Investissement quantitatif AGFiQ, et chef de la gestion des portefeuilles, Placements AGF Inc.
Stephen Way

Stephen Way

CFA®
Vice-président principal et chef des actions mondiales et des marchés émergents, Placements AGF Inc.

Vice-président et gestionnaire de portefeuille, cochef de l’équipe des titres à revenu fixe

M. Sones, qui possède plus de 20 ans d’expérience en matière de gestion d’un vaste éventail de portefeuilles de titres à revenu fixe, joue un rôle prépondérant au sein de l’équipe en ce qui concerne l’analyse des conditions macroéconomiques mondiales, et plus particulièrement des titres d’emprunt souverain mondiaux, y compris ceux des marchés émergents libellés en devises fortes ou en monnaies locales. Les fonctions actuelles de M. Sones en tant que gestionnaire de portefeuille principal comportent la gestion du Fonds d’obligations mondiales AGF et d’autres mandats de titres à revenu fixe mondiaux d’AGF, d’obligations à rendement global AGF et d’obligations des marchés émergents AGF.

M. Sones est titulaire d’un B.A. spécialisé en mathématiques de l’Université de Waterloo, en plus d’être analyste financier agréé (CFA®) et membre de la Toronto CFA® Society.

Vice-président principal, cochef des investissements, Investissement quantitatif AGFiQ, et chef de la gestion des portefeuilles

Mark Stacey est vice-président principal et cochef des investissements, Investissement quantitatif AGFiQ, ainsi que chef de la gestion des portefeuilles à Placements AGF Inc. (AGF).

M. Stacey dirige les activités de gestion des investissements d’AGFiQ, la plateforme d’investissement quantitatif d’AGF. L’équipe d’AGFiQ applique une démarche fondée sur la conviction que les résultats d’investissement peuvent être améliorés par l’évaluation et le ciblage des facteurs qui influencent les rendements des marchés.

M. Stacey fait également partie du Bureau du chef des investissements, un nouveau volet de leadership au sein de l’équipe de gestion des investissements qui vise à encourager et à renforcer la collaboration et la responsabilisation active parmi les membres de l’équipe et dans l’ensemble de la société.

Il a commencé sa carrière à AGF en se joignant à l’équipe de Gestion de placements Highstreet*. Il travaille au sein de l’industrie depuis 2002, où il applique des techniques de gestion quantitative et qualitative au processus de gestion des portefeuilles. Il était auparavant gestionnaire de portefeuille pour une grande compagnie d’assurance-vie.

Il est titulaire d’un MBA de la Richard Ivey School of Business et d’une maîtrise en relations industrielles de l’Université de Toronto, en plus d’être analyste financier agréé (CFA®).

* Gestion de placements Highstreet est une filiale en propriété exclusive de Placements AGF Inc.

Vice-président principal et chef des actions mondiales et des marchés émergents

Stephen Way dirige l’équipe d’AGF responsable des actions mondiales à Toronto et continue d'exercer ses fonctions de gestionnaire de portefeuille pour les mandats d'actions mondiales et d'actions des marchés émergents. Auteur du processus d'investissement axé sur la valeur économique ajoutée (EVA) qui est utilisé pour ces mandats de premier plan, il est appuyé par une équipe qui met à profit son expérience collective pour cerner des occasions de placement qui n'ont pas encore été reconnues sur le marché.

M. Way fait partie du Bureau du chef des investissements, une nouvelle structure de leadership au sein de l’équipe de gestion des investissements qui vise à encourager et à renforcer la collaboration et la responsabilisation active parmi les membres de l’équipe et dans l’ensemble de la société. Il est aussi membre du Comité de répartition de l’actif AGF, réunissant des gestionnaires de portefeuille expérimentés chargés des titres de diverses régions et catégories d’actif. Les membres du comité se réunissent régulièrement pour discuter, de même que pour analyser et évaluer l'actualité macroéconomique et les marchés de capitaux afin de formuler des recommandations permettant de déterminer la répartition optimale de l’actif.

Stephen Way est entré en fonction dans le domaine en 1987, lorsqu’il s’est joint à l’équipe d’AGF. En 1991, il a établi, à Dublin (Irlande), la filiale à part entière AGF International Advisors Company Limited, dont il a été directeur général jusqu’en 1994.

Il est titulaire d’un baccalauréat en administration et en commerce de l’Université Western Ontario. Il est analyste financier agréé (CFA) et membre de la Toronto CFA® Society.

Les questions et les réponses ont été modifiées à des fins de clarté et de concision.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales et de toutes ses sociétés affiliées, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement.

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignement d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 8 décembre 2020. Ils ne devraient pas être considérés comme des conseils en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Nous invitons les investisseurs à consulter un professionnel des placements.

Placements AGF est un groupe de filiales en propriété exclusive de La Société de Gestion AGF Limitée, un émetteur assujetti au Canada. Les filiales de Placements AGF sont Placements AGF Inc. (« PAGFI »), AGF Investments America Inc. (« AGFA »), AGF Investments LLC (« AGFUS ») et AGF International Advisors Company Limited (« AGFIA »). AGFA et AGFUS sont inscrites aux États-Unis à titre de conseillers. PAGFI est inscrite à titre de gestionnaire de portefeuille auprès des commissions de valeurs mobilières à travers le Canada. AGFIA est réglementée par la Central Bank of Ireland et est inscrite auprès de l’Australian Securities & Investments Commission. Les filiales faisant partie de Placements AGF gèrent plusieurs mandats comprenant des actions, des titres à revenu fixe et des éléments d’actif équilibrés.

MC Le logo AGF est une marque de commerce de La Société de Gestion AGF Limitée utilisée aux termes de licences.

Notre site Web utilise des témoins (cookies) afin de pouvoir vous procurer la meilleure expérience qui soit. Veuillez accepter les témoins ou modifier vos paramètres.