Comment obtenir la couverture (presque) parfaite

le 8 décembre 2020 | Par: Bill DeRoche

Comment obtenir la couverture (presque) parfaite

L’histoire de la stratégie Anti-bêta AGF qui a contribué à protéger les investisseurs des effondrements du marché pendant une décennie.

Certaines personnes pensaient que nous étions fous.

Il y a plus de dix ans, mon équipe et moi avons eu l’idée d’élaborer une stratégie de couverture différente. Nous nous étions fixés comme objectif de trouver un moyen de tirer parti de certaines caractéristiques du marché boursier reconnues à maintes reprises au cours du siècle dernier. La première caractéristique est la suivante : les actions à faible volatilité surclassent souvent celles à forte volatilité – un fait qui va à l’encontre de l’axiome selon lequel un risque plus élevé génère un rendement plus élevé. La seconde porte sur les baisses et les hausses des marchés. Vu la tendance à la hausse des marchés boursiers au fil du temps, vous pourriez supposer que les périodes de hausse de rendements sont plus spectaculaires que les périodes de baisse. Mais, ce n’est pas vraiment le cas. Dans la pratique, comme le souligne un nombre croissant de publications universitaires au lendemain de la crise financière mondiale, les reculs des marchés tendent à être plus prononcés – et plus importants – que les bonds de ces derniers; et que ces petits bonds s’étalent généralement dans le temps. Bref, le marché peut s’apprécier sur des années, mais il le fait lentement selon son habitude; et quand il se replie, cela survient rapidement. Autrement dit, le marché monte par l’escalier roulant, mais descend par l’ascenseur.

 

Choisir les alternatifs liquides adaptés à votre portefeuille (en anglais seulement)

Comment pourrions-nous alors concevoir une approche en mesure d’aider les investisseurs à profiter de cette anomalie et de cette asymétrie, tout en protégeant leurs portefeuilles du risque d’un effondrement du marché? Notre réponse a été essentiellement la suivante : une stratégie composée de placements alternatifs investissant dans des actions en position longue à faible volatilité (faible bêta) ainsi que dans des actions en position courte à forte volatilité (bêta élevé). Nous avions déterminé que les actions à faible bêta seraient mieux protégées contre les baisses que le marché en général, mais qu’elles continueraient à générer des rendements, tandis que les actions en position courte à forte volatilité profiteraient des chutes du marché.

Simple, n’est-ce pas? Et cette approche a fonctionné. Nous avons lancé notre stratégie en 2011; celle-ci cherche à évoluer de manière semblable à l’indice Dow Jones U.S. Thematic Market Neutral Anti Beta. Depuis son lancement, la stratégie a toujours enregistré des rendements positifs lorsque le reste du marché reculait. Parmi les exemples les plus récents, soit lors de l’effondrement des marchés en février et mars 2020 à cause de la COVID-19, la stratégie a affiché un résultat de près de 11 % alors que l’indice S&P 500 a dégringolé de plus de 33 %. Voilà exactement ce qu’une couverture de marché est censée faire : protéger et être rentable pendant les événements dits extrêmes. Malgré sa simplicité, notre idée s’est avérée fructueuse au cours de la dernière décennie. Mais le chemin pour obtenir cette couverture quasi parfaite n’a pas été une sinécure – et nous avons eu notre lot de sceptiques.

Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la stratégie de couverture à faible volatilité, nous cherchions à développer des outils de portefeuille qui permettraient aux investisseurs de saisir des facteurs purs – des approches qui isoleraient les attributs des actions potentiellement rentables d’autres attributs plus généraux. La valeur, le momentum et la taille de la société (par exemple, petite capitalisation par rapport à grande capitalisation) sont des facteurs couramment appliqués, et nous avons élaboré des stratégies axées sur ces facteurs également. Mais nous avons été particulièrement enthousiasmés par le potentiel du facteur de faible volatilité; néanmoins, comme celui-ci se révélait aussi le plus complexe à déployer en une véritable stratégie, nous avions tout un défi à surmonter.

Nous y avons mis des mois, non seulement à cause de la difficulté technique, mais aussi parce que notre équipe a beaucoup réfléchi sur une question centrale : l’exposition bêta. En le jumelant à d’autres facteurs, comme la valeur ou la capitalisation boursière, l’écart de l’exposition bêta (c’est-à-dire la différence entre la volatilité du marché en général et la volatilité du portefeuille) représentait une question relativement mineure. Mais apparié avec notre stratégie à faible bêta, l’écart se creusait considérablement, au point que l’ensemble du portefeuille pouvait présenter un bêta négatif – il serait donc inversement corrélé avec le marché. En outre, nous étions préoccupés par l’« assurance » que nous offrions aux investisseurs – à l’instar de nombreux experts externes que nous avions consultés et qui nous avaient fait part sans ambiguïté de leur inquiétude à cet égard – car elle constituerait un énorme frein aux portefeuilles des investisseurs lorsque les marchés seraient à la hausse, ce qu’ils font le plus souvent.

Cette question a fait l’objet d’un débat interne sérieux au sein de notre équipe. Nous aurions pu corriger le bêta négatif en modifiant la ventilation des positions longues/courtes de la stratégie et des éléments de trésorerie. Ou nous aurions pu ajouter un élément de prévision à la stratégie – en essayant de choisir les gagnants pour augmenter les rendements lorsque le marché est à la hausse. Pourtant, ces deux « corrections » posaient des problèmes. La prévision aurait rendu notre stratégie moins fidèle au facteur que nous essayions d’isoler; et la réalisation d’un bêta neutre aurait miné notre capacité à exploiter l’asymétrie entre les baisses et les hausses. Nous avions donc décidé de maintenir la stratégie neutre en devises, c’est-à-dire d’investir des actifs de manière équipondérée parmi les positions longues à faible volatilité et les positions courtes à forte volatilité, même si cela signifiait que le portefeuille résultant posséderait un bêta négatif.

C’était assez radical. Pendant les quelques années qui ont suivi le déploiement de notre stratégie, tout semblait indiquer que nous avions choisi le pire moment. À l’époque, le secteur des FNB n’était pas aussi élaboré qu’aujourd’hui et, à cet égard, nous étions probablement en avance sur notre temps. Plus important encore, en 2011, les actions n’étaient qu’à deux ans d’une reprise qui allait durer dix ans. Nous avons longtemps débattu de la question de savoir si nous avions pris la mauvaise décision en adoptant une stratégie neutre en devises, puisque le marché haussier semblait dépasser notre stratégie. Mais nous avons été rassurés, car nous avons vu ce que cette stratégie pouvait faire en période de recul – par exemple, lorsque les craintes de guerres commerciales et de suspension des services publics par le gouvernement américain ont déclenché des baisses de marché et que notre stratégie composée de positions longues/courtes à faible/forte volatilité a porté ses fruits. Et puis, cette année, la pandémie a frappé, et notre stratégie a non seulement protégé le portefeuille contre l’énorme baisse, mais elle a également procuré des rendements solides au pire de la correction.

Depuis que nous avons lancé notre stratégie anti-bêta, la compréhension qu’a le secteur financier de la faible volatilité et de l’anomalie de baisse/hausse s’est approfondie et est devenue plus nuancée. Mais notre stratégie reste unique, et elle a résisté à l’épreuve du temps. Nous avons également constaté qu’elle peut – et c’est souvent le cas – offrir des rendements positifs même lorsque l’ensemble du marché est en hausse; en raison de son exposition aux actions à faible bêta, elle ne constitue pas simplement une couverture inverse de l’indice. Non pas que la stratégie n’ait pas enregistré de mauvais jours : elle a connu sa pire performance d’un jour le 9 novembre 2020, en raison d’un terrible trio de forte hausse du marché, de rotation vers des actions très volatiles et de vague de couverture de positions courtes. Pourtant, c’est la réalité des opérations de couverture : elles peuvent se faire dans les deux sens.

Il y a dix ans, nous pensions que notre stratégie de valeur allait démontrer qu'elle était la plus profitable; mais aujourd’hui, l’approche anti-bêta a plus que fait ses preuves, tandis que les stratégies de valeur en général ont échoué. Et nous prévoyons d’autres applications. Par exemple, les prix des obligations sont élevés et les rendements faibles – une stratégie composée de positions longues/courtes à faible volatilité pourrait jouer un plus grand rôle au sein des portefeuilles des investisseurs, et ce, dans l’optique de compléter leur pondération de titres à revenu fixe, tout en remplissant une fonction semblable de couverture des actions. Et l’importance de l’assurance n’a pas disparu. Même si les actions ont rebondi après les jours sombres de la fin de l’hiver, leurs valorisations élevées actuelles ne font que confirmer la sagesse de se protéger contre un autre ralentissement à long terme. Comme l’année 2020 l’a amplement démontré, personne ne peut vraiment voir venir la prochaine crise. Il est donc logique d’établir des défenses avant qu’elle ne se produise.

Ce n’est pas une idée si folle, n’est-ce pas?

Bill DeRoche

Bill DeRoche

MBA, CFA®
Chef des investissements et chef des stratégies non traditionnelles AGFiQ, AGF Investments LLC

Chef des investissements et chef des stratégies non traditionnelles AGFiQ, AGF Investments LLC

Bill DeRoche est chef des investissements au sein d’AGF Investments LLC (anciennement FFCM LLC)*, en plus d’être chef des stratégies non traditionnelles, AGFiQ. Il est cofondateur d’AGF Investments LLC, une société de conseil fondée à Boston en 2009 et une filiale de La Société de Gestion AGF Limitée. M. DeRoche fait partie de l’équipe de direction d’AGFiQ, la plateforme d’investissement quantitatif d’AGF, qui applique une démarche fondée sur la conviction que les résultats d’investissement peuvent être améliorés par l’évaluation et le ciblage des facteurs qui influencent les rendements des marchés.

M. DeRoche possède une expérience considérable dans l’application de stratégies factorielles quantitatives et de méthodes non traditionnelles, et ce, afin d’atteindre un vaste ensemble d’objectifs. Auparavant, M. DeRoche était vice-président à State Street Global Advisors (SSgA), où il dirigeait l’équipe chargée des actions américaines bonifiées. Dans le cadre de ses fonctions, il gérait principalement les stratégies à long terme et 130/30 sur les marchés américains, et il effectuait des recherches sur les modèles de classement des titres et les techniques d’assemblage de portefeuilles de SSgA. Avant son entrée à SSgA en 2003, il exerçait la fonction d’analyste quantitatif et de gestionnaire de portefeuille à Putnam Investments. xxx Il travaille dans le domaine de la gestion de placements depuis 1995.

Avant cette date, il était pilote du Grumman A-6 Intruder dans la Marine américaine et faisait partie de l’escadron d’attaque 85, à bord du porte-avions USS America (CV-66). M. DeRoche est titulaire d’un baccalauréat en génie électrique de l’académie navale des États-Unis (United States Naval Academy) et d’un MBA de l’Amos Tuck School of Business Administration, du Dartmouth College. Il est également analyste financier agréé (CFA®) et a obtenu les licences des séries 7, 63 et 24 de la FINRA.

* Spécialiste de l’investissement auprès d’AGF Investments LLC (anciennement FFCM LLC), une société de conseil en placement inscrite aux États-Unis et affiliée à Placements AGF Inc.

 

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux des auteurs et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales ou de ses sociétés affiliées, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement.

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 8 décembre 2020. Ils ne devraient pas être considérés comme des conseils en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Nous invitons les investisseurs à consulter un professionnel des placements.

Placements AGF est un groupe de filiales en propriété exclusive de La Société de Gestion AGF Limitée, un émetteur assujetti au Canada. Les filiales de Placements AGF sont Placements AGF Inc. (« PAGFI »), AGF Investments America Inc. (« AGFA »), AGF Investments, LLC (« AGFUS ») et AGF International Advisors Company Limited (« AGFIA »). AGFA et AGFUS sont inscrites aux États-Unis à titre de conseillers. PAGFI est inscrite à titre de gestionnaire de portefeuille auprès des commissions de valeurs mobilières à travers le Canada. AGFIA est réglementée par la Central Bank of Ireland et est inscrite auprès de l’Australian Securities & Investments Commission. Les filiales faisant partie de Placements AGF gèrent plusieurs mandats comprenant des actions, des titres à revenu fixe et des éléments d’actif équilibrés.

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