REVENU FIXE | Obligations d’État

S’orienter sur le marché des obligations d’État nord-américaines en 2026 : dans un contexte d’incertitude et d’occasions

le 2 décembre 2025 | Par: Jean-Sébastien Nadeau, Placements AGF

S’orienter sur le marché des obligations d’État nord-américaines en 2026 : dans un contexte d’incertitude et d’occasions

Nous croyons qu’il existe des occasions intéressantes pour les investisseurs axés sur les titres à revenu fixe, malgré les nouvelles sur les plans politique et budgétaire qui pourraient entraîner de la volatilité à court terme.  

 

L’année dernière a été marquée par beaucoup d’inquiétudes intermittentes à l’égard de l’économie mondiale, de la politique monétaire et des taux d’intérêt. Lorsque Donald Trump est revenu à la présidence des États-Unis en janvier, les marchés ont craint que ses politiques économiques mercantilistes ne créent de l’inflation et ne poussent les taux à la hausse. Dans l’ensemble, elles ne l’ont pas fait (ou, du moins, pas encore). Pour ce qui est des marchés de titres à revenu fixe, ils demeurent relativement vigoureux et revêtent encore de l’attrait pour les investisseurs. Les taux de rendement sont élevés compte tenu de leur historique, et offrent un revenu intéressant de même qu’une certaine protection contre les baisses en cas de hausse des taux. De plus, la corrélation négative traditionnelle des obligations avec les actions continue d’offrir un potentiel de couverture important contre le risque lié aux actions.

Cela dit, nous sommes d’avis qu’il existe également des occasions sur les marchés des titres à revenu fixe pour 2026, et il n’est pas seulement question de l’atténuation du risque. Bien que les nouvelles d’ordre politique et budgétaire puissent stimuler la volatilité à court terme, d’autres facteurs (plus particulièrement les contrôles structurels au sein de la Réserve fédérale américaine [Fed] et les mesures proactives du Trésor américain) pourraient empêcher la hausse galopante des taux des obligations d’État à long terme. Alors que nous nous attendons à ce que les taux des obligations d’État canadiennes demeurent stables l’an prochain, nous percevons d’autres occasions potentiellement importantes aux États-Unis.

Examinons d’abord les perspectives des obligations du gouvernement des États-Unis.

Au début de l’année, nous avons soutenu que les préoccupations à l’égard de l’inflation et des taux obligataires aux États-Unis étaient exagérées. Nous avons prévu des taux stables ou plus bas au cours de 2025, et un taux de fin d’année ciblé à 4,25 % pour les titres du Trésor à 10 ans. Onze mois après le début de l’année, le taux des obligations à 10 ans se situe à près de 4 %.

Aujourd’hui, selon le consensus sur les marchés, les taux à long terme augmenteront, même si les investisseurs anticipent trois ou quatre réductions de taux d’intérêt de la Fed d’ici la fin de 2026. Pourquoi ce décalage? Il est en grande partie attribuable à l’indépendance des banques centrales et aux déficits budgétaires des États-Unis. Les récents efforts visant à destituer la gouverneure de la Fed, Lisa Cook, soulignent les tentatives de l’administration pour influencer la Fed. Combinés aux demandes publiques de Donald Trump en faveur de réductions musclées des taux d’intérêt, aux menaces visant le congédiement du président de la Fed, Jerome Powell, et à la nomination de loyalistes comme Stephen Miran au conseil d’administration, ces événements ont augmenté les craintes sur les marchés à l’égard du fait que la politique monétaire pourrait être influencée par la politique. M. Trump nommera également un nouveau président de la Fed d’ici la fin de 2025, même si le mandat de M. Powell ne prend officiellement fin qu’en mai 2026. Les rumeurs selon lesquelles un allié de M. Trump – comme Kevin Hassett – pourrait assumer ce rôle ont intensifié les préoccupations sur les marchés. La nomination d’un président perçu comme ayant une motivation politique pourrait initialement entraîner de la volatilité et une accentuation de la courbe des taux, alors que les marchés réévalueraient les risques entourant des réductions énergiques des taux.

Attentes concernant les taux d’intérêt en 2026 : jusqu’à quel point peuvent-ils chuter?

interest rate expectations chart

Source : Bloomberg LP, au 10 novembre 2025.

Bien que de telles décisions puissent engendrer de la volatilité, nous croyons que les préoccupations sont une fois de plus exagérées. La Fed établit sa politique à l’aide de votes à la majorité; le président n’a pas de pouvoir absolu. Un président conciliant peut influer sur les décisions, mais d’autres membres du Federal Open Market Committee peuvent exercer un contrôle important contre les réductions de taux excessives. Le nombre de réductions justifiées par les données économiques laisse également beaucoup de place à l’interprétation, ce qui limite le risque que les attentes d’inflation deviennent incontrôlables. En fait, toute hausse des taux à long terme après une nouvelle nomination à la présidence pourrait présenter une occasion d’achat, à mesure que les marchés s’adaptent à la façon dont un président motivé par des raisons politiques s’intègre à l’ensemble du processus décisionnel de la Fed.

Les préoccupations budgétaires pèsent également sur la confiance. La « One Big Beautiful Bill Act » (OBBB) rendra permanentes les baisses d’impôt de 2017 et les élargira, ce qui réduira les revenus. Bien que les mesures de réduction des coûts, comme celles visant Medicaid et les programmes sociaux, ne compensent pas entièrement les pertes de revenus, les revenus tirés des droits de douane ont contribué à réduire le déficit en 2025. À titre d’exemple, depuis le début de l’année, la hausse des revenus tirés des tarifs douaniers a entraîné une baisse réelle du déficit, malgré les attentes contraires. Cette dynamique montre que les risques budgétaires, bien qu’ils soient réels, peuvent ne pas se traduire par une hausse spectaculaire des taux à long terme.

De plus, le Trésor et la Fed disposent d’outils pour plafonner les taux à long terme. Les émissions de titres du Trésor ont été orientées vers les bons du Trésor à court terme plutôt que vers les obligations à long terme, ce qui a réduit l’offre à long terme. Les rachats d’actions pourraient également soutenir cet effort en remplaçant les titres de créance à long terme par des émissions à court terme. Enfin, compte tenu de la probabilité que les points de vue des dirigeants de la Fed s’arriment à ceux du gouvernement, une intervention directe sur le marché obligataire ne peut être écartée. Les mesures prises par la Banque d’Angleterre à la fin de 2022 – lorsqu’elle a acheté des obligations à long terme pour stabiliser les marchés, malgré les hausses de taux en cours – constituent un précédent pour de telles mesures. Cet exemple souligne la réalité selon laquelle les banques centrales des marchés développés peuvent agir de façon décisive pour empêcher les fluctuations désordonnées des taux, même en dehors des objectifs de politique monétaire traditionnels.

Pour ce qui est du Canada, les perspectives à l’égard des obligations d’État sont beaucoup moins dynamiques. Nous croyons que la Banque du Canada (BdC) a terminé son cycle de réduction des taux d’intérêt et qu’elle maintiendra le statu quo dans un avenir prévisible. Le gouverneur Tiff Macklem a récemment indiqué que la politique monétaire ne peut pas compenser l’incidence des droits de douane américains sur l’économie canadienne, s’en remettant effectivement à la politique budgétaire. Ottawa a réagi en présentant un budget de relance, prévoyant un déficit de 78,3 milliards de dollars (2,3 % du PIB) pour l’exercice 2025-2026. Bien que cela offre un certain soutien, les défis structurels – plus particulièrement la faiblesse de la productivité – limitent les perspectives de croissance. La BdC prévoit une croissance du PIB réel de seulement 1,1 % en 2026.

La combinaison d’une faible croissance, d’une offre obligataire élevée pour financer les déficits et d’un taux directeur stable suggère que les taux des obligations canadiennes de 10 et à 30 ans pourraient rester généralement stables au cours de l’année prochaine. En résumé, nous ne nous attendons pas à des fluctuations importantes dans le segment à long terme de la courbe des taux au Canada.

Par conséquent, malgré les nouvelles parfois alarmantes et l’incertitude sur les plans politique et économique qui pourrait persister en 2026, selon notre scénario de base, le contexte des taux au Canada et aux États-Unis restera relativement favorable. En fait, nous sommes optimistes à l’égard des taux aux États-Unis, ce qui donne à penser que, du moins dans le segment à long terme de la courbe des taux, il pourrait y avoir un potentiel d’appréciation du capital et une occasion pour les obligations d’offrir aux investisseurs un revenu plus que stable et une couverture pour les actions.

Jean-Sébastien Nadeau
Jean-Sébastien Nadeau, MBA, CFA
Gestionnaire de portefeuille
Placements AGF Inc.
Gestionnaire de portefeuille

Jean-Sébastien Nadeau est gestionnaire de portefeuille pour le Fonds de titres à revenu fixe Plus AGF et il s’occupe du Fonds d’obligations de sociétés mondiales AGF, au sein de l’équipe des titres à revenu fixe. Il joue un rôle clé sur le plan de l’assemblage de portefeuilles, en plus de contribuer aux recherches sur l'investissement fondamentale et sur le crédit pour les deux stratégies.

Avant de se joindre à Placements AGF, il était analyste principal à la Banque du Canada, où il a acquis de précieuses connaissances sur la façon dont la politique monétaire est élaborée et mise en œuvre au Canada. Il a commencé sa carrière au sein de l'équipe chargée des titres à revenu fixe, de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

M. Nadeau est titulaire d’un baccalauréat en administration des affaires (avec spécialisation en finance) et d’un MBA (finance) de l’Université Laval, en plus d’être gestionnaire des risques financiers (FRM) et analyste financier agréé (CFA®).

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