Sous l’effet de la demande croissante d’aliments biologiques, les récoltes se feront biochimiques.

La « globésité » provoque une ruée vers les aliments naturels

le 25 octobre 2017 • ALIMENTATION SANTÉ

La détérioration de la santé dans le monde, causée en partie par les agents de conservation et les aliments artificiels, soulève un vent de changement et entraîne une augmentation de la demande dans le secteur biochimique.

Le monde en mutation crée la recette parfaite pour investir dans des aliments sains. Les changements climatiques, la population croissante et, pire encore, une population en très mauvaise santé, commencent à influencer notre façon de nous alimenter. La demande d’aliments biologiques augmentera de plus de 16 % d’ici quelques années, car plus de gens choisiront des aliments faits avec des ingrédients naturels. Ainsi, à mesure que l’appétit pour les aliments transformés va diminuer, les occasions d’investir dans le domaine biochimique vont continuer de se multiplier.

La population mondiale devrait passer de 7,2 milliards aujourd’hui à 9,6 milliards d’ici 2050 et à plus de 12 milliards d’ici 2100 [1]. Comme la population va presque doubler en moins d’un siècle, le problème de la demande accrue de nourriture ira en s’aggravant. Et, comme ces personnes occupent de l’espace sur la planète, les agriculteurs auront moins de superficie pour cultiver les aliments. Ce n’est qu’un des nombreux enjeux auxquels l’industrie agricole sera confrontée, en plus des changements climatiques. L’année 2015 a été la plus chaude enregistrée à ce jour et 14 des 15 années les plus chaudes dans le monde ont été enregistrées depuis 2000 [1]. Malgré les efforts déployés, le consensus général est que les températures de surface mondiales augmenteront de 1,5 à 4,5 degrés Celsius d’ici 2100 [1], une autre source de préoccupation pour l’agriculture et l’industrie alimentaire dans son ensemble.

Le principal vecteur de cette ruée vers les aliments naturels est probablement la détérioration de la santé à l’échelle mondiale, puisque le nombre de personnes obèses et ayant un surplus de poids a triplé depuis 1980 [1]. On n’exagère pas vraiment en disant que l’obésité est la plus grande épidémie à laquelle le monde est confronté. L’obésité est la cinquième cause de décès aux États-Unis (3,4 millions de décès d’adultes par année) et elle coûte 2 mille milliards de dollars par année en soins de santé connexes. Pour donner un ordre de grandeur, ce nombre de pertes de vies équivaut au nombre de victimes de violence armée, des guerres et d’actes terroristes [2].

Au cours des deux dernières années, plus de dix pays ont adopté des taxes sur les graisses et le sucre dans le but de lutter contre cette épidémie et qualifient les aliments malsains de « nouveau tabac ». Fait encourageant, les consommateurs jouent un rôle très actif dans ce virage vers des habitudes de vie plus saines. La demande d’étiquettes dites « propres » (le mouvement clean labels) découle des tendances à l’urbanisation, de la sensibilisation accrue au contenu des aliments via les réseaux sociaux et de la croissance de la population de la classe moyenne désormais capable de s’offrir ces produits plus chers, en particulier dans les marchés émergents.

Récemment, la Compagnie Campbell du Canada a observé un ralentissement des ventes de soupes parce que les consommateurs délaissent les aliments riches en sodium en faveur de produits biologiques plus sains. Ce ralentissement a forcé la société à s’adapter; elle s’est portée acquéreur de Pacific Foods, fabricant de bouillons naturels et biologiques, de soupes ainsi que de boissons et de repas à base de plantes.

Près du tiers des aliments produits aujourd’hui sont gâtés ou gaspillés chaque année, ce qui équivaut à environ 1,3 milliard de tonnes. C’est là un point d’entrée majeur pour les investisseurs. On estime que la valeur du marché de la santé et du bien-être atteindra 1,1 mille milliards de dollars américains d’ici 2019 [3] et elle devrait augmenter de façon exponentielle, car les innovations technologiques aident à prolonger la durée de vie des aliments. L’industrie s’affaire à développer des solutions de bioprotection qui retardent les altérations dues aux bactéries et augmentent la sécurité en réduisant la croissance des agents pathogènes dans des produits comme le fromage, la viande et le poisson, les salades et le yogourt.

Le secteur biochimique a recours à la technologie de pointe pour extraire des enzymes naturels, comme la pectinase des plantes, et l’utilise comme catalyseur pour clarifier la pulpe de fruits. Nous voyons cette science améliorée comme une occasion de placement. Grâce aux enzymes, les fabricants de jus peuvent accroître le rendement et contrôler la clarté, le goût sucré et la durée de conservation des produits. Les mélanges d’enzymes, y compris la cellulose et l’hémicellulose, permettent aux fabricants de décomposer les parois cellulaires des pommes utilisées pour faire du jus, ce qui augmente la production de 5 à 10 %.

Des entreprises comme Chr Hansen accélèrent le passage aux ingrédients naturels dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. La technologie du levain lactique remplace les agents de conservation chimiques dans les produits laitiers. Il est intéressant de noter que la durée de conservation du yogourt en Europe est de 2 à 3 semaines, alors qu’aux États-Unis, elle peut aller jusqu’à deux mois en raison des agents de conservation chimiques utilisés. De même, les probiotiques remplacent les antibiotiques dans la production de viande. Outre Chr Hansen, un nombre grandissant d’entreprises s’engage à éliminer les antibiotiques de la chaîne d’approvisionnement en viande, ce qui devrait accroître la demande de nouveaux exhausteurs de rendement.

Ainsi, à mesure que l’appétit pour les aliments transformés diminue, les occasions de placement dans les produits biochimiques continuent de se multiplier. À AGF, les perspectives mondiales élaborées selon une démarche coopérative veillent à la stabilité de vos placements, peu importe ce que l’avenir nous réserve.


[1] Bank of America Merrill Lynch, avril 2017

[2] McKinsey

[3] Euromonitor