le 5 décembre 2019 | Par: Regina Chi

Le choix du pays importe

5 min de lecture

Pour les investisseurs, il importe plus que jamais de diversifier considérablement leurs placements sur les marchés émergents.

 

Les marchés émergents (ME) n’ont pas tous été créés égaux. En fait, les pays, économies et marchés émergents se caractérisent par une diversification et une fragmentation notables. De manière peut-être tout aussi importante, il n’est pas rare que les « règles » que les investisseurs des marchés développés observent généralement lorsqu’ils évaluent les actions ne s’appliquent pas aux ME. Les événements politiques, la mesure dans laquelle les actions disponibles sur le marché reflètent l’économie réelle, les différences sur le plan réglementaire et d’autres facteurs peuvent engendrer des facteurs d’inefficacité et des conditions de placement très particulières qui influent sur le rendement.

Par conséquent, il ne suffit pas de reproduire simplement un indice de ME ou de concentrer ses placements dans des pays dont le PIB est en forte croissance pour obtenir une diversification efficace ou un rendement supérieur à celui d’un indice de référence.

Cela ne signifie pas que les règles régissant les investissements sur les marchés émergents soient complètement différentes, car la production de rendements solides repose souvent sur une sélection d’actions éclairée, quel que soit l’endroit dans le monde où vous investissez. Dans le cas des pays en développement, il faut, pour trouver des actions de grande qualité, déterminer les marchés dont le potentiel est le plus élevé et accorder beaucoup d’importance aux paramètres fondamentaux du pays.

Cette règle est peut-être plus pertinente que jamais. Bien que les facteurs propres à chaque pays aient toujours eu de l’importance pour obtenir un bon rendement sur les marchés émergents, le repli de la mondialisation et les forces sociales et économiques qui sous-tendent la tendance au protectionnisme à l’échelle mondiale joueront probablement un plus grand rôle dans la détermination des rendements à l’avenir.

Par exemple, au fur et à mesure que les obstacles au commerce s’accentuent, les économies deviennent susceptibles d’acquérir un caractère de plus en plus régional et la corrélation entre les rendements nationaux diminue.  

De plus, les chaînes d’approvisionnement ont déjà commencé à se déplacer de la Chine vers d’autres parties du monde – le Vietnam, l’Indonésie et le Mexique, par exemple –, parce que les coûts de la main-d’œuvre chinoise ont augmenté. Le récent différend commercial avec les États-Unis, premier marché d’exportation de la Chine, n’a eu pour effet que d’accélérer cette tendance.

En outre, il arrive souvent que les marchés boursiers ne reflètent pas adéquatement les tendances changeantes. Ainsi, l’indice MSCI Arabie saoudite est dominé par le secteur de la finance du pays, alors que l’économie dépend fortement de l’énergie. Toutefois, le premier appel public à l’épargne (PAPE) de la société d’État Saudi Aramco – qui ferait de l’entreprise pétrolière la plus grande société cotée en Bourse dans le monde – pourrait modifier radicalement la composition de l’indice.

Notre recherche indique également que, si de nombreux investisseurs prêtent attention à la croissance économique ou au contexte politique d’un pays, ils peuvent négliger d’autres facteurs moins apparents.

Pensez au fait que la plupart des pays des marchés émergents comptent encore sur le contrôle des mouvements de capitaux pour encadrer les flux financiers et atténuer la volatilité de leurs comptes de capital. Ce contrôle crée une distorsion structurelle en faveur du marché intérieur. La Chine, qui limite à 50 000 $US par citoyen les opérations annuelles à l’étranger, en est un important exemple : les actions des sociétés chinoises inscrites à deux Bourses (celles qu’on appelle les actions de catégorie A) se négocient généralement sur le marché national à un prix supérieur de 30 % à celui des actions cotées à une Bourse étrangère (les actions de catégorie H).

Parallèlement, les actions indiennes semblent chères comparativement aux actions des autres marchés émergents (prime d’environ 70 % par rapport à l’indice MSCI ME), mais il y a aussi une raison pour cela. Au cours de la dernière décennie, les actifs gérés en Inde ont été multipliés par huit pour dépasser les 150 milliards $US; or, les caisses de retraite indiennes ne sont pas autorisées à investir dans des actifs étrangers. Par conséquent, une grande partie de ces capitaux est effectivement tenue captive, de sorte que les actions indiennes ne sont peut-être pas si chères après tout.  

Nous le répétons, ces caractéristiques particulières deviendront encore plus importantes pour les investisseurs des marchés émergents à l’avenir.

Voici quelques-unes des tendances notables qui se manifesteront au cours de la prochaine année :

La Chine joue encore un rôle important :

Oui, la restructuration des chaînes d’approvisionnement remet en question la domination historique de la Chine dans le secteur des exportations, mais ce pays demeure le moteur de la croissance mondiale. Si la Chine va bien, le reste du monde se porte bien. La Chine dispose toujours d’un compte courant solide et a montré qu’elle est prête à adopter des mesures de relance pour maintenir la croissance de son économie. L’éventualité d’une trêve commerciale avec les États-Unis suscitant un optimisme croissant, il est possible que la morosité à l’égard des secteurs de la fabrication et des exportations s’estompe, ce qui (conjugué aux mesures de relance budgétaire en Europe) devrait permettre aux actions chinoises d’obtenir de meilleurs résultats en 2020.

Prêtez attention à la balance des paiements courants :

Notre recherche suggère qu’un ratio sain entre la balance des paiements courants et le PIB constitue un indicateur fiable d’un rendement supérieur du marché. Par exemple, durant la période de réduction des mesures de relance en 2013, alors que le ralentissement du programme d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine faisait paniquer les investisseurs, l’effet a été dévastateur pour les pays émergents qui présentaient un déficit courant. La Thaïlande, qui jouissait d’un solide excédent courant (ce qui est encore le cas), dérogeait à la règle. La Chine, notamment, avait un compte courant très positif, à l’instar de la Russie, de Singapour, de Taïwan et de la Corée du Sud.

Surveillez la situation au Brésil :

Les critères relatifs à l’évaluation – et le passé politique tumultueux du Brésil – ne donnent pas une image adéquate du potentiel de croissance de la neuvième plus grande économie du monde. Le nouveau gouvernement dirigé par Jair Bolsonaro a adopté ou compte adopter une série de réformes touchant les retraites, la fiscalité et l’administration qui devraient accroître son pouvoir fiscal. Si l’amélioration du contexte économique se traduit par une hausse des bénéfices des sociétés, il pourrait bien être justifié de surpondérer le Brésil.

Le fait de traiter les marchés émergents comme une catégorie d’actif homogène, comme le font souvent les investisseurs, empêche de saisir les réalités et les nuances propres à chaque pays. Toute personne qui voyage dans le monde peut constater facilement que, même si les populations partagent des traits communs, chaque pays est différent et possède des forces, des faiblesses et des caractéristiques particulières. Pourquoi donc investir comme si tous les pays étaient pareils?

Regina Chi, vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Marchés émergents, Placements AGF Inc.

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