le 5 décembre 2019 | Par: Steve Bonnyman

Combler l’écart

4.5 min de lecture

Pourquoi l’investissement dans les infrastructures a-t-il atteint une étape charnière?

 

Pendant des décennies, la question de l’investissement dans les infrastructures a ressemblé aux sempiternelles discussions sur la météo : tout le monde en parle, mais personne ne fait rien. Certes, l’histoire politique et économique récente a été ponctuée d’épisodes d’investissements gouvernementaux dans les infrastructures : la réponse à la Grande Récession, notamment, mais aussi la promesse faite le président américain Donald Trump de financer un projet d’infrastructures de mille milliards de dollars, qui a brièvement suscité l’enthousiasme des marchés à la suite de son élection en 2016. À ce jour, cette promesse n’a débouché sur rien de concret et la somme totale des investissements dans les infrastructures au cours des dernières années a à peine commencé à répondre aux besoins pressentis.

Pour résumer, le monde approche rapidement d’une étape charnière. Les infrastructures vieillissantes sont de plus en plus défaillantes et le déploiement de nouvelles technologies, telles que les réseaux sans fil 5G et les énergies renouvelables, nécessite un soutien infrastructurel de prochaine génération. Les besoins en matière de réparation, de remplacement et d’innovation sont voués à s’accentuer.

Il ne fait aucun doute qu’il existe une forte demande de développement des infrastructures dans la plupart des économies du monde. Les estimations des coûts liés à cette transformation abondent. Par exemple, selon une étude réalisée en 2016 par le cabinet d’experts-conseils McKinsey & Co., l’injection d’un montant annuel d'environ 3 300 milliards de dollars US serait nécessaire pour financer les travaux d’infrastructures à l’échelle mondiale jusqu’en 2030, et ce, rien que pour soutenir les taux de croissance économique actuels.

En outre, les preuves de la décrépitude des infrastructures s’accumulent. Cette désuétude a des incidences qui vont des plus incommodantes aux plus mortelles : problèmes d’eau potable à Walkerton, en Ontario (contamination biologique en 2000) et à Flint, dans le Michigan (contamination au plomb); effondrement de ponts en Italie, en Inde et aux États-Unis ces dernières années; pannes d’électricité en Californie en 2019; et, plus près de chez nous, quelque 600 000 et 250 000 nids-de-poule bouchés en 2018 à Edmonton et à Toronto, respectivement.

Des investissements seront bien évidemment nécessaires pour « résoudre » de tels problèmes, mais les principaux enjeux subsisteront. Non seulement les projets d’amélioration des infrastructures nécessitent généralement des capitaux initiaux conséquents et doivent composer avec de longs délais d’obtention de permis et de construction, mais la période de récupération est habituellement très longue, de sorte que ces investissements relèvent traditionnellement des gouvernements. 

Parallèlement, les participants aux marchés financiers publics – qui représentent une source de financement potentielle – sont séduits par les entreprises qui nécessitent peu de capitaux, et donc par l’obtention d’un rendement du capital investi plus élevé à court terme. Ajoutons à cela le fait que les gouvernements hésitent à abandonner leur contrôle des « travaux publics », même si leurs recettes sont grugées par des besoins plus visibles et plus immédiats, comme les soins de santé, ce qui laisse peu de ressources pour des projets coûteux et de longue haleine.

Toutefois, le paysage politique change, et le populisme, malgré les préoccupations qu’il suscite, pourrait bien avoir un effet positif sur les investissements en matière d’infrastructures. L’intensification de l’agitation sociale (entraînée en partie par une population jeune plus influente sur le plan politique) pourrait inciter les gouvernements à abandonner leur emprise sur les projets d’infrastructure et à établir un cadre en matière de réglementation, de subvention et de rendement du capital investi afin de stimuler l’investissement privé pour combler l’écart.

La participation du secteur privé au financement des infrastructures est relativement nouvelle – elle date d’environ 20 ans – et a longtemps été considérée comme un domaine appartenant aux grands fonds spécialisés privés. En réalité, les participants aux marchés financiers ont également eu l’occasion d’y contribuer, en investissant dans des actions de sociétés au « centre de la chaîne opérationnelle » (par exemple, des producteurs d’électricité, des fabricants de matériel électrique, des entreprises exploitant des routes à péage et des aéroports) ou de sociétés situées au « bas de la chaîne » (agrégats, acier, ciment, ingénierie et construction, etc.).

Plus récemment, l’évolution du marché a permis aux investisseurs privés de participer plus directement aux investissements dans les infrastructures. Nous croyons que plusieurs moteurs économiques pourraient soutenir cette tendance et créer de nouvelles occasions, notamment :

Le commerce électronique

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Le temps devient un facteur concurrentiel important dans le secteur du commerce électronique, les acheteurs s’attendant à commander n’importe quoi, n’importe quand et n’importe où, et à le recevoir dès le lendemain. Ce modèle accroît l’importance de l’aspect logistique de la chaîne d’approvisionnement et du soutien infrastructurel. Le transport représente environ 50 % des coûts de la chaîne d’approvisionnement pour le commerce électronique, et la défaillance des infrastructures constitue un obstacle important à la livraison en temps opportun.

La transition énergétique

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Alors que le transport et les services publics misent sur l’utilisation des combustibles fossiles, la transition énergétique est au cœur du débat sur les changements climatiques. Ces deux questions sont inexorablement liées, étant donné que l’électrification – la solution de rechange couramment proposée au carburant à base de carbone dans le domaine du transport – risque de créer une charge accrue sur le réseau électrique. Parallèlement, l’intégration des énergies éolienne et solaire dans le système existant nécessitera d’énormes investissements dans l’infrastructure énergétique.

La gestion de l’eau

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Selon les Nations Unies, l’écart entre la demande en eau et sa disponibilité dans le monde frôlera bientôt les 40 %. Par ailleurs, l’organisation estime que les pertes lors du captage d’eau à l’échelle mondiale s’élèvent à 30 % chaque année, en raison des fuites dans les infrastructures. Les nouvelles technologies de traitement de l’eau (purification, dessalement), de même que l’entretien et le remplacement des conduites et des installations de traitement existantes sont sur le point de devenir un besoin critique.

 

Sur les marchés publics, il existe déjà un large éventail d’occasions d’investir dans des réseaux d’infrastructures à l’échelle mondiale, allant de services publics réglementés avec des flux de trésorerie élevés et stables, jusqu’à des aéroports publics, des ports maritimes et des tours de transmission, en passant par d’importants constructeurs d’infrastructures, comme des sociétés d’ingénierie et de construction, des sociétés de ciment et des fabricants d’agrégats.

Selon nous, la pression en faveur du renouvellement et du développement des infrastructures en réponse à l’évolution des besoins économiques pourrait arriver à une étape charnière. Si tel est le cas, les participants aux marchés financiers pourraient juger que le secteur des infrastructures est enfin un créneau digne d’intérêt.

Steve Bonnyman, cochef, Recherche sur les actions nord-américaines, et gestionnaire de portefeuille, Placements AGF Inc.

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