Le marché est-il son propre ennemi?

Par: John Christofilos • le 12 décembre 2018
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La transformation structurelle des marchés et de la dynamique des échanges commerciaux ayant eu lieu au cours des dernières années pourrait bien alimenter le prochain dégagement d’actions.

Les marchés boursiers ont été mouvementés cette année. Après une longue période de tranquillité plutôt inhabituelle en 2017, la volatilité s’est intensifiée et des replis vertigineux ont été enregistrés, ce qui a tempéré la hausse du marché boursier, sans pour autant y mettre fin.

Même si, dans une large mesure, on peut attribuer la turbulence des douze derniers mois aux craintes liées à la hausse des taux d’intérêt et aux guerres commerciales, ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls l’ensemble des risques auxquels sont maintenant confrontés les investisseurs.

On sait par expérience que l’effet combiné de la vaste transformation visant la structure du marché et des pratiques de négociation quotidiennes, qui s’ajoute aux menaces actuelles dans le contexte macroéconomique, pourrait accentuer les pertes et même déclencher le prochain dégagement d’actions.

Parmi les principaux facteurs à l’origine de ces changements structurels, notons l’essor des algorithmes de négociation et l’influence grandissante des négociateurs à haute fréquence et des modèles quantitatifs qui permettent maintenant de procéder à des achats et à des ventes de titres en nanosecondes.

Cette facette de l’innovation technologique continue touchant les marchés a permis d’améliorer la vitesse et l’exactitude d’exécution des ordres et de soutenir l’interconnectivité entre les différentes plateformes d’échange et de négociation que l’on retrouve un peu partout dans le monde. Elle a toutefois entraîné de nouveaux défis, notamment au chapitre des liquidités, et on l’a associée à un grand nombre de soi-disant « krachs éclair » survenus au cours de la présente décennie, y compris le premier et le plus célèbre d’entre eux qui a eu lieu le 6 mai 2010. L’indice Dow Jones des industrielles avait alors perdu et récupéré, en 15 minutes à peine, plus de 1 000 points.

Plus récemment, la négociation algorithmique a joué un rôle de premier plan dans l’importante chute du Dow Jones survenue au début du mois de février de cette année. La correction, accélérée par les rapports américains sur l’emploi, a été portée par plusieurs facteurs, dont un rééquilibrage nécessaire par de nombreuses grandes caisses de retraite, suivant une reprise anormalement vigoureuse des actions le mois précédent.

Quelques chiffres

En 2007, aux États-Unis, l’investissement passif représentait au total environ 26 % des actifs gérés activement dans des fonds de grande capitalisation et de toutes capitalisations et environ 15 % à l’extérieur de ce pays. Onze ans plus tard, ces proportions se chiffrent respectivement à 83 % et à 53 %.

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Source : Bloomberg LP et JPMorgan Chase & Co.

 

Les « poussées » de négociations de dernière minute ont atteint des niveaux sans précédent. Cette année à la Bourse de New York et sur le NASDAQ, 22 % des opérations ont été conclues dans la dernière demi-heure de la journée, en moyenne, comparativement à 19 % en 2014.

 

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Source : Bloomberg LP et Investment Technology Group.

 

Par la suite, les algorithmes ont donné lieu à encore plus de ventes, à partir de stratégies basées sur les tendances et reposant uniquement sur des facteurs techniques du marché, indépendamment du contexte ou de la conjoncture économique dans son ensemble. Et à mesure que les pertes s’accumulaient, les investisseurs ont cédé à la panique, notamment les investisseurs particuliers autonomes, ce qui a entraîné encore plus de pertes.

Ce type de scénario ne peut que se répéter, surtout si l’on tient compte de certaines estimations qui montrent que la négociation algorithmique compte pour plus de 50 % de toutes les opérations effectuées sur certains marchés. Mais l’objet des négociations pourrait avoir autant d’incidence sur le cours futur des actions que les nouvelles façons d’exécuter les opérations.

Le gain de popularité des placements passifs, par exemple, est de plus en plus examiné à la loupe en raison des parts de marché que ce type de placement ne cesse de gruger. Les fonds indiciels et les FNB qui suivent les indices et les portefeuilles pondérés en fonction du marché ont explosé pour atteindre un actif géré de 7,4 mille milliards $US à l’échelle mondiale, selon JPMorgan Chase & Co. On leur attribue d’ailleurs la recrudescence des échanges concentrés de dernière minute, qui entraînent de plus en plus souvent une poussée de volatilité en fin de journée.

Cette situation s’explique, en partie, par le fait que bon nombre de FNB à gestion passive sont comparés à l’indice jusqu’à la clôture des marchés; ainsi, pour la majorité des achats et des ventes, on doit cibler les indices dans les derniers moments de la journée. Et comme les placements passifs suivent souvent les tendances, il peut en résulter des mouvements désordonnés des cours pendant la dernière heure de négociation.

Il est vrai que les FNB sont des outils très utiles dans certains cas, mais la tendance des placements passifs à faire grimper les cours pendant les périodes de reprise et à amplifier les pertes pendant les périodes de repli est particulièrement inquiétante à ce stade avancé du cycle économique.

Des inquiétudes semblables entourent la possibilité qu’un autre krach éclair se produise en raison de la négociation algorithmique. Ces risques n’entraîneront probablement pas le prochain marché baissier, mais ils pourraient sans doute réduire la capacité du marché à en prévenir les conséquences et à récupérer par la suite, ce qui minerait la confiance des investisseurs avec le temps.

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Date de publication : le 12 décembre 2018