La technologie est-elle devenue l’ennemi de la mondialisation?

Par : Stephen Way et Andrews Perez • le 28 mars 2018 • Investir

Les politiques commerciales restrictives et populistes préoccupent de plus en plus les investisseurs, qui estiment que ces phénomènes pourraient mettre en péril la mondialisation. Or, les nouvelles avancées technologiques en matière d’automatisation et d’intelligence artificielle menacent peut-être davantage l’interconnectivité de l’économie mondiale et leur impact sur les marchés financiers ne devrait pas être pris à la légère.

Jadis un élément clé de l’interconnectivité mondiale, la technologie est désormais un catalyseur de la démondialisation, de par son influence croissante sur la chaîne de valeur mondiale et sur ceux qui y participent.

Cela contraste fortement avec la majeure partie des trois dernières décennies, alors que l’utilisation d’Internet et la connectivité généralisée ont donné lieu à une période d’« hypermondialisation » accentuée par le nombre croissant d’entreprises qui avaient davantage accès aux marchés émergents et qui augmentaient leur production à l’étranger.

Les avantages additionnels des baisses d’impôts, de la main-d’œuvre moins chère et des conditions de crédit favorables ont donné à ces entreprises, qui poussaient comme des champignons, une occasion d’arbitrage qui leur permettait de fabriquer des biens de façon plus rentable qu’elles n’auraient pu le faire auparavant dans leurs propres pays.

Cela a permis aux multinationales des pays industrialisés de dégager des marges bénéficiaires nettes plus élevées et souvent de surclasser les entreprises nationales concurrentes. Pendant ce temps, les économies des marchés émergents bénéficient de plus en plus des flux d’investissements et ont gagné une part de plus en plus grande de l’économie mondiale. 

Cependant, cette montée rapide de la mondialisation a commencé à décliner récemment et pourrait atteindre le point de bascule. Cette situation est en grande partie attribuable aux progrès technologiques qui rendent la production de biens locaux plus rentable et les partenaires commerciaux mondiaux moins convaincants.

Prenons par exemple Adidas, géant mondial d’articles de sport. La société vient de construire en Allemagne une usine automatisée de pointe qui utilise l’impression 3D qui devrait permettre de concevoir, de fabriquer et de réapprovisionner les chaussures en quelques jours, contrairement aux commandes placées en Chine, qui prennent plusieurs mois, et ce, en ayant recours à une fraction des effectifs requis normalement. En améliorant  l’efficacité, la production localisée pourrait également renforcer les bilans des entreprises en réduisant les coûts de stocks et de stockage, les dépenses en immobilisations et les sorties de capitaux (ce qui améliore le fonds de roulement), en raccourcissant le délai de transition et en améliorant le rendement du capital investi. L’inconvénient est que l’accès facile à des technologies telles que l’impression 3D, qui permet une production localisée, réduit également les barrières à l’entrée, ce qui risque d’accroître la concurrence.

Du point de vue des investissements, cette perturbation de la chaîne de valeur mondiale a de profondes répercussions qui vont mener à un nouvel ensemble d’occasions et de risques. Les entreprises qui devraient en bénéficier le plus sont celles qui ont une forte propriété intellectuelle et des brevets sur des biens et services qui peuvent difficilement être reproduits de façon générique. Les multinationales dotées de marques réputées pourraient également bien résister, mais celles qui n’en n’ont pas risquent de subir une diminution de leur exposition à la chaîne de valeur mondiale.

Les autres gagnants pourraient inclure les secteurs des produits de base et de l’agriculture. Certaines matières premières, comme le blé et le cuivre, ne peuvent pas être déplacées par la technologie et ne peuvent être produites que dans des zones géographiques spécifiques. Inversement, les sociétés de transport de marchandises d’envergure mondiale pourraient souffrir du déclin du commerce international de produits manufacturés et de l’essor de la production plus localisée qui auront pour effet de réduire la demande.

Toutefois, le plus gros impact pourrait être ressenti au sein des économies des marchés émergents, où le taux de participation à la chaîne de valeur mondiale est plus élevé que partout ailleurs dans le monde. La bonne nouvelle pour les marchés émergents est peut-être que la consommation intérieure augmente rapidement et qu’elle évolue en ligne droite. Les sociétés technologiques clés sont établies dans les régions des marchés émergents et deviennent de plus en plus des intervenants sur la scène mondiale.

*Valeur ajoutée étrangère utilisée dans les exportations du pays (en amont) plus la valeur ajoutée aux autres exportations (en aval) divisée par les exportations totales

Source : Unctad, Barclays et Placements AGF Inc., mars 2017.

Du point de vue collectif, les économies et leurs constituants respectifs peuvent se protéger d’une perturbation de la chaîne d’approvisionnement grâce à une forte consommation intérieure et à une main-d’œuvre hautement qualifiée et prêtes à s’adapter aux changements technologiques. Les entreprises qui investissent beaucoup en recherche et qui sont dotées d’un bon bilan pourraient également bénéficier de ce changement de conjoncture car elles seraient en mesure d’investir rapidement dans les nouvelles technologies.

Comme tous les points d'inflexion, les forces technologiques qui exercent une influence sur la mondialisation devraient avoir un impact considérable sur les marchés financiers, indépendamment du risque de guerres commerciales et des récentes vagues de populisme qui ont engendré le Brexit et d'autres mouvements politiques dans le monde.

En se positionnant dès maintenant en prévision d’une économie mondiale moins connectée, les investisseurs seront davantage en mesure d’en profiter plus tard.

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Date de publication : le 26 mars 2018