le 20 mars 2020 | Par: Kevin McCreadie

La question n’est pas de savoir si, mais plutôt quand les marchés rebondiront

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Kevin McCreadie, chef de l’exploitation et chef des investissements d’AGF, livre ses dernières impressions sur le marché qui poursuit sa chute et sur les mesures nécessaires pour y mettre fin et amorcer l’inéluctable reprise.   

En quoi les liquidations observées ces dernières semaines diffèrent-elles de la grande crise financière?

Il s’agit de la correction la plus intense, la plus rapide et la plus abrupte que nous ayons connue après avoir atteint un sommet comme celui enregistré récemment. Il ne s’agit toutefois pas d’une bulle qui a éclaté ou d’un événement qui s’est produit sur le plan structurel, comme cela avait été le cas en 2008 : le système avait atteint un niveau d’endettement trop important à tous les échelons – aussi bien celui des banques que celui des consommateurs et des entreprises – ce qui avait provoqué une défaillance systémique. Aujourd’hui, la situation s’explique par la peur et par le choc économique lié à la perturbation de la demande, deux réactions provoquées par la pandémie.

Peut-on comparer la situation actuelle à d’autres replis marqués?

On remarque une vague similitude avec le repli observé dans le sillage des événements du 11 septembre 2001. Si vous vous rappelez, le trafic aérien s’était interrompu pendant une courte période, mais les gens avaient vite pu reprendre le travail, à l’échelle locale. Aujourd’hui, les pratiques de distanciation sociale, qui visent à permettre de maîtriser cette crise sanitaire publique, entraînent un ralentissement forcé de l’activité économique. La situation est donc inédite. À bien des égards, la récession tant redoutée constituerait la solution à cette pandémie.  

Comment l’économie réagit-elle aux efforts de distanciation sociale, ainsi qu’aux réponses visant à empêcher son effondrement?

Les mesures de relance visent habituellement à stimuler la croissance économique en permettant la production de biens et de services bon marché, de façon à inciter les consommateurs à dépenser. Mais le cas présent est tout à fait différent, puisque les citoyens sont appelés à travailler de chez eux et à ne pas fréquenter les bars ou restaurants. On nous demande d’« hiberner », mais nos obligations financières restent inchangées. Les mesures de relance annoncées partout à travers le monde se résument donc davantage à injecter des quantités faramineuses de trésoreries dans le système afin de maintenir la liquidité des marchés, mais elles permettent également de soulager des personnes qui, autrement, pourraient difficilement payer leurs hypothèques ou leurs factures du quotidien.

Une récession mondiale est-elle inévitable?

L’actuelle contraction de la demande entraînera une récession de grande ampleur. En fait, la récession s’est probablement déjà abattue sur de nombreuses régions du monde développé. Mais si la situation mondiale parvient à être correctement gérée et que la pandémie est maîtrisée, la reprise devrait être relativement rapide, étant donné la quantité de trésoreries qui circulent dans le système. N’oublions pas non plus que les marchés boursiers commenceront à intégrer la reprise avant que celle-ci n’intervienne. Nous n’y sommes pas encore. Nous essayons toujours d’atteindre un niveau plancher, ce qui pourrait prendre un certain temps, mais cela finira bien par arriver.  

Quels sont les principaux signaux qui permettront de mettre un terme à la chute des marchés?

Il faut tout d’abord examiner les plans de relance annoncés, dont certains représentent au moins 5 % du PIB des pays émetteurs, ce qui est considérable. Ensuite, les marchés devraient être réceptifs si les États-Unis et d’autres pays viennent à mettre en œuvre des mesures supplémentaires de relance.

 

Doit-on donc s’attendre à des mesures de relance supplémentaires?  

Cela ne fait aucun doute, selon moi. Steve Mnuchin, le secrétaire du Trésor des États-Unis, affirme que nous n’en sommes qu’à la deuxième phase. Je pense que d’autres efforts de soutien seront déployés pour les particuliers et les petites entreprises, afin de limiter le nombre de faillites potentielles. Qu’il s’agisse de prêts à taux zéro, de reports d’hypothèques ou d’impôts, ces types d’aides vont se multiplier au cours des prochains jours. L’autre forme de relance provient des banques centrales, qui injectent des trésoreries dans le système bancaire. Les banques mondiales ont beau avoir une bien meilleure capitalisation que lors de la grande crise financière, elles ont encore besoin de liquidités en périodes de fortes tensions sur les marchés, comme c’est le cas présentement. Elles disposent, encore aujourd'hui, d'un bon nombre d'outils utilisés entre 2008 et 2009, ce qui aidera à accélérer la mise en place des mesures appropriées.

Quels autres paramètres essentiels doivent être réunis pour que la chute des marchés puisse prendre fin?

Le plus important consiste, bien évidemment, à ralentir la propagation du COVID-19 dans le monde. La science n'est pas mon domaine et je ne sais pas quelle direction prendra la situation, mais il me semble encourageant de constater que certains pays ont amorcé une nouvelle étape, dans la mesure où le rythme des nouvelles contaminations ralentit. À un moment donné cette semaine, la Chine a signalé qu'aucun nouveau cas n'avait été rapporté et son activité économique repart désormais. Les actions chinoises ont donc relativement bien rebondi, dernièrement.

Comment les marchés ont-ils fonctionné, ces dernières semaines?

La réaction observée sur les marchés était relativement attendue et la volatilité a été particulièrement forte. Par le passé, on s’est beaucoup inquiété de la structure du marché et de l’absence croissante de teneurs de marchés, à mesure que l’investissement passif et les négociations à haute fréquence prenaient de l’ampleur. On craignait une multiplication démesurée des ventes frénétiques, ce qui ne s’est finalement pas produit. Les coupe-circuits, qui ont donné lieu à des suspensions provisoires des négociations, ont permis d’apaiser efficacement les marchés à très court terme, et les interdictions ou restrictions de ventes à découvert récemment adoptées dans plusieurs pays pourraient bien consolider cet apaisement, si d’autres pays leur emboîtent le pas.      

Pourquoi est-il important de maintenir les marchés ouverts?

Une fermeture serait une décision extrême, qui ne leur serait guère favorable, selon moi. Les autorités de réglementation partagent cet avis. La situation n’a rien à voir avec les événements du 11 septembre 2001, à la suite desquels les marchés avaient en effet fermé. À l’époque, les négociateurs avaient dû se rendre sur place physiquement, alors qu’aujourd’hui, tout le monde peut effectuer des négociations à distance, en ligne, et la plupart des personnes travaillant dans des bureaux de négociations le font à domicile. Des séances de négociations pourraient être écourtées, mais je ne pense pas que les marchés fermeront entièrement; ce ne serait pas une bonne idée.

Quelles occasions ces liquidations pourraient-elle faire naître?

Cette chute vertigineuse va permettre d’acheter des titres d’entreprise d’excellente qualité à des prix que l’on n’avait pas vus depuis longtemps. Nous nous en sortirons. La question n’est pas de savoir si, mais plutôt quand. Et si les investisseurs se sentent en mesure d’encaisser les fluctuations qui les guettent à court terme, ils ont tout intérêt à valoriser leurs portefeuilles en y ajoutant des titres qui présentent un intérêt à long terme.

Kevin McCreadie est chef de l’exploitation et chef des investissements à La Société de Gestion AGF Limitée. Il contribue régulièrement à Perspectives AGF.

 

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 16 mars 2020. Ils ne devraient pas être considérés comme des conseils en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Nous invitons les investisseurs à consulter un professionnel des placements.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales et de toute autre société apparentée ou affiliée, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement.

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