La crainte de l’avenir à l’heure de nouveaux records

Par: Kevin McCreadie • le 8 juillet 2019 • Rétrospective du premier semestre

Pourquoi la baisse des taux d’intérêt et les tensions géopolitiques influenceront les marchés mondiaux au second semestre.

Le chiffre « trois » est lourd de superstitions. Pour certains, il porte bonheur. Pour d’autres, il est synonyme de malchance.

Il n’est donc pas surprenant de constater que l’envolée actuelle des actions continue aussi bien d’enthousiasmer que d’effrayer les investisseurs. Les baby-boomers et les membres de la génération X ont connu une situation similaire à deux reprises, déjà. Tout a commencé par le gonflement et l’éclatement de la bulle technologique à la fin des années 1990, puis s’est ensuivie la hausse des marchés boursiers, qui ont fini par s’effondrer il y a dix ans de cela, lors de la grande crise financière.

Dans les deux cas, la peur de manquer des gains a propulsé les cours boursiers à des niveaux dangereusement hauts, avant qu’ils ne chutent de façon vertigineuse et perdent la moitié de leur valeur. Ces événements ont instillé une appréhension chez les investisseurs, qui craignent de voir le processus se répéter.

Cette malchance pourrait-elle sévir une troisième fois? C’est ce que l’on pourrait commencer à croire. À l’heure où le cycle actuel, l’un des meilleurs de l’histoire, touche à sa fin et est marqué par une volatilité accrue, bon nombre de ces investisseurs recherchent la promesse de nouveaux gains, mais sont rebutés à l’idée de connaître une nouvelle baisse prolongée.

Cette incertitude croissante se manifeste le plus clairement sous la forme de turbulences qui secouent les marchés boursiers et obligataires depuis dix mois.

L’indice S&P 500, par exemple, a gagné 17 % cette année jusqu’en juin et n’a cessé d’atteindre de nouveaux records, malgré un repli important dernièrement. Parallèlement, le taux de rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a perdu 125 points de base depuis le début du mois de novembre et est récemment tombé sous la barre des 2 %, alors que l’intérêt pour les valeurs refuges continue de croître.

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Si elle n’est pas inédite, cette vive reprise des deux catégories d’actif reste inhabituelle et montre qu’un fossé se crée en ce qui concerne la perception de l’économie mondiale : les investisseurs sur les marchés boursiers semblent bien moins soucieux que les détenteurs d’obligations quant à l’imminence d’une récession.

La question se pose de savoir quelle est la véritable ampleur de l’affaiblissement économique aux États-Unis, en Europe et en Chine, à une époque où l’hypermédiatisation ne fait qu’attiser des risques géopolitiques déjà sans précédent.

Prenons pour preuve le litige commercial entre les États-Unis et la Chine : bon nombre d’investisseurs pensaient que les négociations allaient aboutir à un accord plus tôt cette année, avant de voir les deux plus grandes économies mondiales suspendre les pourparlers au printemps.

Si les deux pays ont récemment convenu de reprendre le dialogue et d’éviter de s’enliser dans la guerre tarifaire de plusieurs milliards de dollars qu’ils se livrent, un accord prochain paraît peu probable, ce qui laisse les marchés dans l’expectative et ouvre la voie à d’autres bouleversements à court terme.

Mais ce n’est pas tout. Les investisseurs doivent également composer avec l’éventualité de frictions commerciales accrues au cours des prochaines semaines. Il pourrait notamment être question de représailles tarifaires entre les États-Unis et l’Union européenne (UE), mais aussi d’un échec de l’Accord États-Unis–Mexique-Canada (AEUMC), lequel doit toujours être ratifié, plusieurs mois après avoir été accepté en principe.

Parallèlement, le Brexit reste un défi pour l’économie mondiale, au même titre que l’actuel dysfonctionnement politique à Washington D.C. et que les tensions qui montent depuis peu entre les États-Unis et l’Iran.

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Même si les politiques et les dirigeants des différents gouvernements exerceront clairement une influence sur l’état de l’économie mondiale au cours des prochains mois, les mesures des banques centrales pourraient bien jouer un rôle déterminant pour ce qui est de repousser la récession.

C’est notamment le cas de la Réserve fédérale américaine (Fed), dont les prochaines décisions seront essentielles pour l’orientation de l’économie américaine et des marchés. Le choix de la Fed de suspendre la hausse de ses taux d’intérêt à la fin du mois de décembre a été un élément catalyseur considérable pour la reprise des actions et des obligations en début d’année. Toutefois, les investisseurs, ainsi que le président Donald Trump, se lassent de plus en plus du statu quo depuis quelques semaines et, selon certaines estimations, les marchés prennent déjà en compte jusqu’à quatre baisses des taux applicables d’ici à avril 2020.

Pour sa part, le président de la Fed Jerome Powell a reconnu qu’une réduction des taux d’intérêt pourrait s’avérer nécessaire si la conjoncture économique continuait de s’affaiblir, mais il s’est montré réticent à envisager la possibilité d’autres baisses.

Pourtant, M. Powell annoncera très certainement une première baisse de 25 points de base ce mois-ci, puis une autre plus tard dans l’année, ce qui devrait apaiser les marchés (voire peut-être faire taire l’ensemble de ses critiques) et pourrait donner une nouvelle vive impulsion aux actions d’ici quelques semaines.

Toutefois, si la Fed ne réduit pas ses taux d’intérêt conformément aux attentes des marchés, l’inverse pourrait se produire, ce qui occasionnerait d’importants dégagements, quand bien même cette absence de baisse s’expliquerait par une économie plus solide que prévu.

Mais les marchés boursiers pourraient tout aussi bien prendre peur si la Fed venait à réduire ses taux de façon excessive ou trop rapide au cours des prochains mois. Après tout, plus les taux sont bas, plus l’économie éprouve des difficultés, selon la Fed.

Il va sans dire que la conjoncture repose sur un équilibre précaire. Toute bévue en matière de politiques ou de mesures des banques centrales pourrait donc faire dérailler l’économie mondiale et infléchir la trajectoire des marchés boursiers et obligataires.

Dans ce contexte, et étant donné le stade tardif de ce cycle, les investisseurs sont tout à fait en droit de se montrer prudents. Néanmoins, ils ne devraient pas se priver de rechercher des occasions, tout en essayant de contenir le risque.

Du point de vue du portefeuille, nous pensons qu’il est possible d’atteindre cet objectif en suivant une stratégie « de l’haltère », qui consiste à tempérer l’exposition aux marchés des actions et des titres à revenu fixe, dont la répartition est habituellement de l’ordre de 60/40, au moyen de positions en trésoreries de l’ordre de 5 à 7 %.

Certains pourraient juger cette pondération insuffisante, compte tenu de la récente envolée des actions et des obligations. Pourtant, il existe d’autres façons complémentaires de réduire le risque de baisse. On peut notamment apporter une certaine diversification au moyen de catégories d’actif alternatives (ou non traditionnelles) et de stratégies en positions longues/courtes qui permettent d’obtenir des rendements en faible corrélation avec les catégories d’actif traditionnelles.

En fin de compte, nous pensons que les investisseurs qui prennent le temps d’assembler des portefeuilles bien équilibrés continueront d’obtenir des résultats avantageux, même si la chance associée à ce marché haussier commence à s’essouffler.

Kevin McCreadie est chef de la direction et chef des investissements de La Société de Gestion AGF Limitée. Il collabore régulièrement à Perspectives AGF.

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 4 juillet 2019. Ils ne devraient pas être considérés comme des conseils en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Nous invitons les investisseurs à consulter un conseiller financier.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales et de toute autre société apparentée ou affiliée, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement.

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