le 8 avril 2020 | Par: Kevin McCreadie

Pourquoi la durée d’un ralentissement économique est-elle plus importante que son intensité?

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Le chef de la direction et chef des investissements d’AGF se penche sur le premier trimestre de 2020 et met en perspective les données économiques inquiétantes.

La semaine dernière a marqué la fin de l’un des pires trimestres jamais enregistrés pour les marchés boursiers. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué au cours des trois derniers mois?

Ce qui m’a le plus frappé, c’est peut-être la vitesse à laquelle le marché a évolué. L’indice S&P 500 se situait à un sommet historique à la mi-février. C’était il y a un peu plus d’un mois, mais depuis, il a chuté de 35 % et se négocie maintenant aux niveaux de 2018. Mises à part peut-être les liquidités et les obligations d’État, presque tout a chuté aussi rapidement, des titres de sociétés à petite capitalisation à ceux des marchés émergents en passant par ceux du pétrole et d’autres produits de base. C’est l’une des ventes massives les plus brutales que nous ayons jamais connues. La question est maintenant de savoir combien de temps cela durera.

À cet égard, une semaine après le début du nouveau trimestre, il semble que « jusqu’ici, tout va bien ». Des temps meilleurs sont-ils à l’horizon pour les investisseurs?

La récente remontée est un formidable coup de pouce pour la confiance et un bon point de départ, mais les investisseurs doivent être prêts à renouer avec les creux atteints en mars. Si vous vous souvenez, nous avons assisté à une forte remontée à l’automne 2008, après que le gouvernement américain eut mis en place le programme de sauvetage des actifs à risque (TARP) pour aider à renflouer les coffres de certaines des plus grandes institutions financières du pays. Mais les marchés n’ont pas atteint leur véritable creux avant le début de mars 2009. La reprise actuelle devrait être tout aussi agitée et volatile. Même si nous avons connu quelques bonnes journées, une partie de cette situation est attribuable au rééquilibrage des régimes de retraite qui est maintenant chose du passé, ainsi qu’à la première vague de mesures de relance annoncées par les gouvernements et les banques centrales partout dans le monde. Le prochain test consiste à déterminer si ces mesures ainsi que les efforts déployés pour contrôler le coronavirus sont suffisants. Par exemple, les petites entreprises recevront-elles l’argent qui leur est alloué? Les personnes qui ont été mises à pied recevront-elles leurs prestations? La rapidité avec laquelle les fonds sont injectés dans le système est cruciale, mais ce sont des questions auxquelles il faut encore répondre.

Cette incertitude pèsera-t-elle sur les données économiques au cours des prochaines semaines?

Oui, mais l’un des problèmes auxquels font face les investisseurs est l’interprétation qu’ils feront des données économiques à l’avenir. Les tendances que nous pourrions observer au cours des prochains jours pourraient sembler favorables, car elles refléteraient une période d’activité économique qui s’est produite avant le début de la distanciation sociale. La semaine dernière, par exemple, les données sur l’emploi d’ADP ne reflétaient que les chiffres jusqu’à la mi-mars et ne semblaient pas si mal, mais les données sur les demandes de prestations d’assurance-chômage aux États-Unis publiées quelques jours plus tard étaient affreuses. Plus de six millions d’Américains ont demandé des prestations d’assurance-chômage pour la semaine terminée le 28 mars, contre trois millions et demi la semaine précédente. Pour mettre les choses en perspective, il a fallu près de 20 semaines (voire plus) avant qu’un tel nombre de demandes ne soit atteint pendant la crise financière, et ces chiffres devraient augmenter au cours des prochaines semaines. Par ailleurs, les prévisions de PIB pour le deuxième trimestre seront probablement les pires depuis la Grande Dépression.

Pourtant, ces données inquiétantes ne sont pas nécessairement une surprise compte tenu de la situation économique actuelle, n’est-ce pas?

C’est exact. Même si les chiffres sont mauvais, les investisseurs pourraient être plus enclins à se concentrer sur l’ampleur des mesures de relance déployées en ce moment et sur les données médicales concernant le virus lui-même, du moins à court terme. Comme je l’ai déjà dit, ce dont il est question ici est très différent de l’éclatement d’une bulle ou d’une lacune technique sur le marché. Nous sommes aux prises avec une paralysie auto-imposée de l’économie. Nous demandons aux gens de rester à la maison, de ne pas aller travailler et de cesser de dépenser de l’argent, à moins que ce ne soit pour acheter des biens ou des services essentiels qui ne mettent pas les gens en danger. 

Il n’est donc pas surprenant de voir la croissance économique plonger et le taux de chômage monter en flèche. Dans tous les cas, les données les plus importantes pourraient être celles liées aux défauts de paiement et aux faillites. N’oubliez pas que les mesures de relance mises en place ne visent pas à inciter les gens à dépenser plus d’argent, mais plutôt à assurer la solvabilité des entreprises et des particuliers afin qu’ils puissent payer leurs factures.

Et leur capacité de continuer à payer leurs factures ne découle pas seulement des mesures de relance mises en place, mais aussi de la durée de cette paralysie économique?

Oui, c’est la durée qui importe, et la durée dépendra de la capacité de contenir le coronavirus. Le marché sera stimulé dans la mesure où les économies recommenceront à se redresser, comme c’est maintenant le cas en Chine. Autrement dit, nous pouvons probablement tolérer une forte baisse du PIB ou une forte hausse du taux de chômage, à condition que cela cesse dans les prochains mois et que l’économie mondiale ne stagne pas à long terme.

Dans ce contexte, quelles sont les occasions, le cas échéant, qui s’offrent aux investisseurs?

Je crois que c’est l’occasion d’investir dans des titres de qualité supérieure. Nous avons amélioré la qualité de certains de nos portefeuilles en ajoutant des placements dans des sociétés que nous aimions depuis longtemps, mais que nous n’avions pas eu l’occasion d’acheter jusqu’à maintenant en raison de leur évaluation boursière ou d’autres facteurs. Nous continuerons de chercher des façons de tirer parti de nos liquidités. Même si les marchés boursiers au niveau de l’indice en général pourraient renouer avec leurs récents creux, certains titres individuels ont probablement déjà touché le fond. Par ailleurs, il est important de conserver une répartition tactique de l’actif. Même si la vente massive nous donne l’occasion de modifier la pondération de nos placements en actions, c’est aussi le moment de réfléchir aux placements dans les titres à revenu fixe ainsi qu’aux placements non traditionnels. Par exemple, certaines de nos stratégies anti-bêta étaient surpondérées dans les premiers jours de la vente massive, mais nous avons réduit la pondération de ces stratégies à un niveau plus neutre. Dans un contexte de volatilité comme celui-ci, ce sont souvent les changements à court terme apportés à la répartition de l’actif qui se traduisent par de meilleurs résultats à long terme.   

Kevin McCreadie est chef de la direction et chef des investissements de la Société de Gestion AGF Limitée. Il collabore régulièrement à Perspectives AGF.

Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignement d’ordre général et sont fondés sur de l’information disponible au 6 avril 2020. Ils ne devraient pas être considérés comme des conseils en matière de placement, une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente de valeurs mobilières. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Nous invitons les investisseurs à consulter un professionnel des placements.

Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales et de toute autre société apparentée ou affiliée, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement.

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