Un point d’inflexion pour les marchés émergents
Un point d’inflexion pour les marchés émergents
La trajectoire des marchés émergents pourrait demeurer inégale et propre à chaque pays, mais le contexte actuel pourrait offrir un point d’entrée intéressant pour les investisseurs.
Après plusieurs années de volatilité, les marchés émergents (ME) sont sur le point de connaître un nouveau cycle de croissance. Le contexte macroéconomique qui avait entravé le rendement des ME, notamment le resserrement de la liquidité à l’échelle mondiale, les droits de douane élevés aux États-Unis et les contrecoups de la pandémie, a commencé à s’améliorer. Ces conditions font place à un équilibre plus favorable entre les échanges commerciaux, les conditions monétaires et l’innovation. Par ailleurs, les grandes économies des ME, comme la Chine, l’Inde, l’Indonésie et le Brésil, adoptent une politique protectionniste pour stimuler la consommation et rééquilibrer la croissance de la demande intérieure. Ensemble, ces changements donnent à penser que les ME pourraient redevenir un moteur de la croissance mondiale dans la seconde moitié de la décennie.
Si tel est le cas, cette transformation aura pris beaucoup de temps. Les dernières années ont été marquées par des tensions géopolitiques et une fragmentation de l’économie, qui ont lourdement pesé sur les exportateurs et les pôles manufacturiers des ME. Aujourd’hui, toutefois, des signes de détente se manifestent. Les discussions sur la politique monétaire aux États-Unis ont privilégié la concurrence régulée plutôt que la confrontation, et les droits de douane sur certains produits chinois ont été réduits. Cet assouplissement, en présumant qu’il sera maintenu, offre une précieuse marge de manœuvre pour que les volumes d’échanges mondiaux se stabilisent et que les chaînes d’approvisionnement se normalisent.
Pour les ME intégrés aux réseaux manufacturiers asiatiques, cette réduction de l’incertitude commerciale représente un soulagement important. De plus, la régionalisation des chaînes d’approvisionnement, qui était autrefois une réaction défensive aux frictions entre les États-Unis et la Chine et aux risques mis en lumière par la pandémie de COVID-19, est devenue une nouvelle plateforme de croissance. Des pays comme le Vietnam, la Malaisie et l’Inde sont désormais intégrés à des stratégies de production « Chine plus un » diversifiées, ce qui leur permet d’accéder à des composants, à une logistique et à des infrastructures numériques à valeur élevée. Nous croyons que la croissance du commerce des ME devrait connaître une reprise plus équilibrée et plus résiliente que par le passé.
L’essor de l’intelligence artificielle (« IA ») marque un nouveau cycle de productivité. L’Asie est au centre de cet écosystème, depuis les fonderies de puces de pointe de Taïwan et les producteurs de mémoire de la Corée du Sud, jusqu’aux services logiciels de l’Inde et aux réseaux de centres de données en expansion de l’Asie du Sud-Est, ce qui permet à la région de profiter à la fois de la création de valeur de la fabrication et du numérique. Parallèlement, la Chine apparaît également comme un puissant moteur de cette transformation. Son écosystème national d’innovation en matière d’IA a connu un essor fulgurant, grâce à des applications couvrant l’automatisation de la fabrication, le marketing auprès des consommateurs, l’optimisation de la logistique et les diagnostics médicaux. En fait, l’enthousiasme des entreprises locales et des investisseurs rappelle le boom numérique de 2017, lorsque les secteurs des plateformes en ligne et des technologies financières de la Chine avaient transformé la vie quotidienne. La vague actuelle de l’IA semble similaire — un point d’inflexion où l’adoption des technologies et les gains de productivité pourraient à nouveau redéfinir la trajectoire de croissance de la Chine. S’il est fructueux, ce rééquilibrage pourra rendre la croissance de la Chine moins volatile et plus durable, ce qui aura des répercussions positives sur les secteurs des biens de consommation et des technologies de la région.
Pour les investisseurs, la propagation de la productivité fondée sur l’IA au sein des ME laisse entrevoir une perspective de croissance structurelle, offrant une croissance soutenue des bénéfices à mesure que les sociétés tirent parti de l’IA pour compenser la hausse des coûts de la main-d’œuvre et les pressions démographiques. Parallèlement, le leadership de l’Asie dans le domaine du matériel, des logiciels et des applications d’IA en fait le cœur stratégique de l’innovation mondiale. Les gains de productivité qui en découlent pourraient devenir le facteur de différenciation le plus important entre la croissance des ME dans les années 2010 et à la fin des années 2020, ce qui marquerait l’avènement d’une nouvelle ère de compétitivité qui rappellerait l’essor du secteur manufacturier de l’Asie d’il y a 20 ans.
Après la campagne de resserrement historique de la Réserve fédérale américaine, les conditions financières mondiales ont limité les flux de capitaux et les devises des ME. Toutefois, comme l’inflation diminue dans les économies avancées et celles qui sont en développement, les banques centrales abaissent de nouveau leurs taux. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit que l’inflation dans les ME du G20 passera d’environ 4 % en 2025 à environ 3 % en 2026. Pour les décideurs des ME, cela représente un retour de la souplesse. Le Brésil, le Chili et l’Indonésie ont déjà entamé leurs cycles d’assouplissement, tandis que d’autres se préparent à le faire. Dans le passé, les marchés boursiers des ME ont eu tendance à atteindre des rendements supérieurs pendant les cycles d’assouplissement synchronisés, car la croissance du crédit et la consommation rehaussent les évaluations. Étant donné que les banques centrales des pays développés ralentissent le resserrement quantitatif et que le dollar américain se stabilise, les monnaies des ME devraient trouver des assises plus solides, ce qui favoriserait les flux de capitaux qui sont largement absents depuis 2021.
Marchés émergents : Les cycles d’assouplissement synchronisés devraient se maintenir à mesure que la croissance ralentira et que l’inflation s’atténuera en 2026.
Source : Placements AGF utilise des données de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), septembre 2025
L’orientation délibérée vers la demande interne est une tendance structurelle déterminante au sein des ME. Après des décennies de croissance stimulée par les exportations, les décideurs des principales économies accordent la priorité à la consommation intérieure et aux infrastructures sociales. La Chine réoriente son cadre politique vers les services, les dépenses des ménages et la mise à niveau des technologies. La cible de croissance du PIB de la Chine est légèrement inférieure à 5 %, mais sa composition évolue vers les ventes de détail, le commerce électronique et les technologies vertes. Le plan quinquennal de Beijing pour 2026-2030 vise à réduire la concurrence inutile et la capacité excédentaire en favorisant la modernisation industrielle, l’innovation et une répartition plus équitable des ressources, ce qui devrait contribuer à faire passer l’économie d’une croissance quantitative à faible efficacité à une croissance durable de qualité ainsi qu’à une rentabilité accrue.
L’Inde, dont la croissance du PIB réel prévue est de 6,5 % à 7 %, demeure la grande économie qui affiche la plus forte croissance au monde. La croissance a ralenti en 2025 en raison de la baisse des dépenses de consommation et des frictions commerciales, mais les mesures de relance budgétaire et la réduction inattendue de la taxe sur les produits et services, ainsi que les progrès vers un accord commercial entre les États-Unis et l’Inde, ont amélioré la confiance. La jeunesse de la population indienne, l’expansion de l’économie numérique et une saine gestion macroéconomique sont les principaux atouts du pays. L’accent mis par le gouvernement sur les infrastructures numériques et les mesures incitatives à la fabrication favorise un écosystème dynamique englobant l’électronique, les produits pharmaceutiques, l’énergie renouvelable et les services d’IA. La hausse des revenus et l’urbanisation favorisent également une tendance générale à la consommation intérieure, ce qui crée l’un des marchés de consommation les plus attrayants à l’échelle mondiale.
Au-delà des réformes nationales, les ME recherchent de nouvelles formes de coopération internationale. L’Inde, par exemple, négocie activement des accords commerciaux, tout comme le Brésil. Ces initiatives pourraient améliorer l’accès aux marchés, réduire l’incertitude tarifaire et intégrer les économies des ME dans de nouvelles chaînes d’approvisionnement, ce qui renforcerait une tendance générale à réduire la dépendance à l’égard d’un seul acteur occidental.
Cette convergence des forces laisse entrevoir un avenir optimiste pour les ME, mais des risques persistent. Une nouvelle hausse de l’inflation ou des tensions commerciales aux États-Unis pourraient renforcer le dollar américain et réduire les liquidités des ME. La hausse des prix des produits de base ou la lassitude à l’égard des réformes en Chine ou au Brésil pourraient ralentir les progrès. Même si l’IA offre un potentiel extraordinaire, ses avantages seront inégaux; les pays qui n’ont pas d’infrastructure ou de compétences numériques pourraient avoir de la difficulté à les saisir. Bref, bien que la balance des risques se soit améliorée, la trajectoire des ME restera inégale et propre à chaque pays.
Pour les investisseurs axés sur les ME, le contexte pourrait toutefois offrir un point d’entrée intéressant. L’inflation est contenue, les banques centrales ont la possibilité de réduire les taux, et les perspectives de gains sont robustes. La croissance des bénéfices des sociétés devrait être légèrement supérieure à 10 % en 2026, soutenue par l’expansion du chiffre d’affaires et l’amélioration des marges. Les évaluations demeurent intéressantes par rapport aux États-Unis et à l’Europe. Fait important, la composition des ME a évolué : les technologies, les produits pharmaceutiques et les plateformes numériques de consommation dominent désormais les indices, en remplacement des banques et des exportateurs de produits de base, et une part croissante des revenus des ME provient des secteurs liés à l’IA. Le contexte actuel semble correspondre aux premières étapes d’une réévaluation à long terme, au cours de laquelle l’innovation et les gains de productivité redéfinissent les attentes des investisseurs à l’égard des économies en développement.
À l’approche de 2026, les perspectives des ME passent d’un rebond cyclique à des occasions à long terme. Des années de rendement inférieur, d’instabilité politique et de fuite des capitaux cèdent la place à l’amélioration de la gouvernance, à la crédibilité des cadres politiques et au leadership technologique. Si la trajectoire actuelle se maintient, la prochaine phase de l’expansion des ME pourrait être moins axée sur la reprise que sur la réinvention. Les ME, autrefois considérés simplement comme la manifestation à bêta élevé de la croissance mondiale, deviennent de plus en plus une histoire de croissance.
Regina Chi est vice-présidente et gestionnaire de portefeuille, Placements AGF. À ce titre, elle assume la principale responsabilité des stratégies des marchés émergents de Placements AGF. Plus particulièrement, elle recherche des sociétés de qualité qui présentent des catalyseurs fondamentaux et des avantages concurrentiels viables à long terme, doublés d’évaluations attrayantes. Elle est également gestionnaire de portefeuille pour l'une des stratégies d'actions de croissance. Mme Chi est membre du Comité de répartition de l’actif AGF, un groupe de spécialistes chevronnés en matière d’investissement qui se réunissent chaque trimestre pour échanger, de même que pour analyser et évaluer l’actualité macroéconomique et les marchés de capitaux, afin de déterminer une répartition optimale de l’actif. Elle copréside également le Comité d’AGF consacré à l'équité, à la diversité et à l’inclusion, lequel vise à réaliser ou à accentuer la sensibilisation à l’échelle organisationnelle, à l’égard des questions d'équité, de diversité et d’inclusion, de même qu’à promouvoir des pratiques exemplaires en la matière au sein de la Société.
Mme Chi compte plus de 25 années d’expérience dans le secteur des actions internationale. Avant de se joindre à l'équipe de Placements AGF, elle était partenaire au sein d'une société américaine d'investissement spécialisé, où elle exerçait les fonctions de gestionnaire de portefeuille dans les domaines des marchés émergents et des valeurs internationales. Elle était également chef de la gestion de portefeuille et de la recherche relativement aux stratégies axées sur les petites capitalisations internationales ainsi que sur les titres internationaux, mondiaux et des marchés émergents. Auparavant, elle a occupé des postes de gestionnaire de placement principale au sein de plusieurs sociétés de placements spécialisées ou de grande envergure, aux États-Unis.
Regina Chi est analyste financière agréée (CFA®) et titulaire d’un baccalauréat en économie et en philosophie de l’Université Columbia. Elle est également membre de l’association 100 Women in Finance, dont le travail vise à renforcer l’industrie de la finance mondiale en donnant aux femmes les moyens d’atteindre leur potentiel professionnel à chaque étape de leurs carrières.
Les points de vue exprimés dans cet article sont ceux de l’auteure et ne représentent pas nécessairement les opinions d’AGF, de ses filiales ou de ses sociétés affiliées, et ne peuvent être associés à aucun fonds ni à aucune stratégie d’investissement.
Sauf indication contraire, les commentaires et les données sont tirés de Bloomberg, de Reuters et d'autres sources de nouvelles. Les commentaires que renferme le présent document sont fournis à titre de renseignements d’ordre général fondés sur des informations disponibles au 2 décembre 2025. Le présent document ne vise pas à répondre aux besoins, à la situation et aux objectifs d’un investisseur en particulier. Le contenu du présent document ne doit pas être utilisé ni interprété comme un conseil en placement ni comme une offre d’achat ou de vente de titres, et ne vise pas à suggérer de prendre une mesure quelconque ou de s’en abstenir. Nous avons pris les mesures nécessaires pour nous assurer de l’exactitude de ces commentaires au moment de leur publication, mais cette exactitude n’est pas garantie. Les conditions du marché peuvent changer, et Placements AGF n’accepte aucune responsabilité pour des décisions de placement prises par des individus et découlant de l’utilisation ou sur la foi des renseignements contenus dans ce document.
Le présent document peut contenir des renseignements prospectifs qui reflètent nos attentes ou nos prévisions actuelles d’événements futurs. Les renseignements prospectifs sont intrinsèquement assujettis, entre autres, aux risques, aux incertitudes et aux hypothèses qui pourraient faire en sorte que les résultats réels diffèrent sensiblement de ceux qui sont exprimés dans le présent document.
Pour les investisseurs canadiens : Des commissions de vente, des commissions de suivi, des frais de gestion et d’autres frais peuvent être reliés aux fonds de placement. Veuillez lire le prospectus avant d’investir. Les fonds de placement ne sont pas garantis, leur valeur change fréquemment et le rendement antérieur ne se reproduira pas nécessairement.
Placements AGF est un groupe de filiales en propriété exclusive de La Société de Gestion AGF Limitée, un émetteur assujetti au Canada. Les filiales de Placements AGF sont Placements AGF Inc. (PAGFI), AGF Investments LLC (AGFUS) et AGF International Advisors Company Limited (AGFIA). PAGFI est inscrite à titre de gestionnaire de portefeuille auprès des commissions de valeurs mobilières canadiennes. AGFUS est inscrite auprès de la U.S. Securities Exchange Commission à titre de conseiller. AGFIA est réglementée par la Central Bank of Ireland et est inscrite auprès de l’Australian Securities & Investments Commission. Le terme Placements AGF peut faire référence à une ou à plusieurs de ces filiales ou à toutes ces filiales conjointement. Ce terme est utilisé pour plus de commodité et ne décrit pas précisément les sociétés distinctes qui gèrent chacune leurs propres affaires.
Les entités qui font partie de Placements AGF ne fournissent des services de conseils en placement ou n’offrent des fonds de placement que dans le territoire où la société, les particuliers ou les produits en question sont inscrits ou encore où la société ou les particuliers sont autorisés à fournir ces services. AGFUS fournit des services de conseils en placement aux personnes des États-Unis.
MD MC Le logo « AGF » et toutes les marques associées sont des marques déposées ou des marques de commerce de La Société de Gestion AGF Limitée et sont utilisés aux termes de licences.
RO : 20251114-4971709