Rencontre du passé et du présent

le 6 décembre 2021 | Par: W. Robert Farquharson et Mike Archibald

Rencontre du passé et du présent

L’évolution et les perspectives du marché boursier canadien.

Bob Farquharson a été le premier gestionnaire de portefeuille de la stratégie d’actions de croissance canadiennes d’AGF. Mike Archibald en est le gestionnaire actuel. Voici ce que 60 ans d’expérience collective nous apprennent sur l’investissement dans l’un des dix plus grands marchés boursiers du monde.




Quand il s’agit d’investir sur le marché boursier canadien aujourd’hui par rapport à il y a 60 ans, ou même il y a seulement cinq ans, quelle est la différence la plus frappante?

Bob Farquharson (BF) : Le marché était très différent au début de ma carrière, en 1963, de ce qu’il était à la fin de celle-ci, ou surtout de ce qu’il est maintenant. L’univers des titres investissables était très limité, et les données de qualité se faisaient rares. Par exemple, j’aurais probablement pu compter sur les doigts d’une main le nombre d’analystes côté vente – du moins les bons. J’ai passé une bonne partie du début de ma carrière à apprendre à analyser les actions par moi-même en lisant Security Analysis de Graham et Dodd. J’ignore si les gens lisent encore ce livre. J’ai bien sûr également étudié afin de devenir analyste financier agréé (CFA®). Je suis peut-être le 1 020e titulaire; nous n’étions donc pas très nombreux à l’époque. (Note de l’éditeur : environ 170 000 personnes détiennent présentement la désignation CFA, selon le site Web du CFA Institute.)

Cela étant dit, j’ai consacré une bonne partie de mon temps à discuter avec des gens à la tête de sociétés intéressantes. À mes débuts, certaines sociétés ne déclaraient pas leurs ventes. Comment était-il alors possible d’analyser les normes comptables d’une société dans un tel contexte? Nous devions trouver d’autres moyens d’apprendre comment une société était gérée et quelle était sa rentabilité. Une grande partie de cela reposait sur l’établissement de relations d’affaires avec les dirigeants.

Mike Archibald (MA) : Évidemment, mon expérience à ce jour est fort différente. L’étendue de l’univers des titres est beaucoup plus large. Les investisseurs se voient offrir plus de produits et davantage d’occasions. Ce qui me surprend le plus, c’est que l’accès à l’information est désormais illimité. Que vous soyez un investisseur institutionnel ou un particulier, il n’y a guère de différence. De nos jours, vous pouvez trouver ce que vous voulez en un clic de souris. Et cette information ne vous coûte effectivement rien – parce que la technologie a beaucoup progressé et que le rythme du changement devrait s’accélérer encore plus, au cours des dix prochaines années.

En revanche, y a-t-il quelque chose sur le marché canadien qui n’a pas tellement changé au fil des ans?

MA : Selon moi, la composition historique n’a pas beaucoup changé. Le caractère cyclique domine toujours le marché. Les secteurs de l’énergie, des matériels, des biens industriels et de la finance représentent encore près de 70 % de l’indice composé S&P/TSX (TSX). Cela ne risque pas de changer de sitôt, et la plupart des gestionnaires d’actions canadiennes continueront probablement d’investir considérablement dans ces secteurs.

BF : Ces secteurs ont toujours également constitué une importante partie de mon portefeuille. Notamment, les sociétés des secteurs de l’énergie et des ressources naturelles se sont avérées rentables. En outre, nous avons toujours détenu des titres de deux ou trois des six grandes banques, et ce, pas seulement du fait de leurs résultats, mais aussi parce que nous entretenions de bonnes relations avec les équipes de direction et que nous étions convaincus de leurs visions.

Compte tenu de cette nature cyclique, le contexte macroéconomique actuel, caractérisé par une reprise économique et une hausse de l’inflation, pourrait sembler la toile de fond presque idéale pour les actions canadiennes n’est-ce pas?

MA : Dans la présente conjoncture, l’inflation et la montée des prix des produits de base sont de bon augure pour l’ensemble du marché canadien. Évidemment, il s’agit d’une bonne nouvelle pour les sociétés des secteurs de l’énergie et des mines tout comme celles des biens industriels, dont les compagnies de chemins de fer qui transportent des produits partout au pays et au sud de la frontière. Les banques tendent aussi à réaliser des bénéfices dans ce genre d’environnement, car les rendements sont habituellement à la hausse, bien que ce ne soit pas le cas cette fois-ci. La flambée des produits de base, au début du siècle actuel, représente sans doute le meilleur exemple de la portée d’un environnement inflationniste sur le marché canadien. À l’époque, le TSX était l’un des indices les plus performants au monde.

BF : Dans les années 1970, le marché canadien était également l’endroit où investir, une époque au cours de laquelle l’inflation ainsi que les prix des produits de base étaient très élevés. Nos stratégies axées sur les actions américaines peuvent avoir été malmenées au cours de cette décennie, alors qu’il faisait bon d’être un investisseur au Canada.

Bo Farquharson portrait
Bob Farquharson portrait

Et que dire des périodes qui n’ont pas été aussi favorables?

BF : Je me souviens du lundi noir à l’automne 1987; mais, la pire période est peut-être celle du début des années 1980 alors que les taux d’intérêt évoluaient dans une fourchette de 15 à 20 %. C’était incroyable, et bien des gens que je connaissais quittaient le domaine. Mais dans ce métier, il ne faut pas croire que vous serez toujours gagnant. D’après mon expérience, ceux qui pensaient ainsi ne duraient pas longtemps.

MA : La volatilité fait partie intégrante du marché. Les corrections se produisent et sont inévitables. J’ai dû composer avec la crise financière mondiale, le déclassement de la dette américaine et plus récemment, les ventes massives découlant de la pandémie. J’ai appris que chaque crise présente toujours une cause différente, mais que les intervenants prennent presque toujours les mêmes mesures. Les émotions sont à l’origine des creux du marché, qui peuvent être difficiles à cerner, mais si vous y prêtez attention, ils donnent lieu à des occasions potentielles. La clé est de ne pas essayer de synchroniser ces occasions à la perfection.

Abstraction faite des conditions macroéconomiques, quelles sont les caractéristiques d’un titre canadien rentable?

MA : Je m’intéresse aux sociétés qui possèdent de bons antécédents de succès, une meilleure toile de fond quant aux fondamentaux et une reconnaissance du marché. Elles doivent avoir le vent en poupe et comprendre ce qui fonctionne pour elles tout en ayant un plan clair à l’égard de leur croissance future. J’ai également très confiance dans les équipes de direction qui promettent moins, mais qui dépassent les attentes. En d’autres mots, les sociétés conservatrices au regard de leurs prévisions, et qui savent gérer les bonnes tout comme les mauvaises périodes.

BF : J’adorais dénicher des PME dans lesquelles investir à long terme; mais, tout comme M. Archibald, l’un des points clés était de savoir dans quelle équipe de direction vous pouviez avoir confiance en matière de mise en œuvre. Par exemple, nous détenions des titres d’une société donnée, en partie parce que nous avions tellement confiance dans le fondateur ou le chef de la direction de celle-ci. 

MA : Je décrirais ces types de placement comme des investissements à long terme que vous voulez détenir dans votre propre portefeuille. Les équipes de direction de ces sociétés sont excellentes, et les activités de ces dernières sont en mesure de traverser un cycle complet du marché; de plus, lorsque l’occasion d’acheter des titres de ces sociétés à des prix abordables en raison d’un recul important du marché se présente – comme au début de la pandémie à l’échelle mondiale – il ne faut pas lésiner.

Quelle opération d’investissement vous a le plus marqués?

BF : Il y en a eu quelques-unes, dont celle d’une nouvelle compagnie aérienne au Canada dans les années 1990. Nous investissions déjà dans cette société avant qu’elle devienne ouverte. Ce n’était pas quelque chose que nous faisions souvent, mais encore une fois, j’estimais que l’équipe de direction était adroite et que le moment était bien choisi pour offrir une nouvelle ligne aérienne.

MA : J’ai fait mes premiers pas dans ce domaine en 2011, soit bien avant de me joindre à AGF et quelques années après la crise financière mondiale. L’une des autres compagnies aériennes canadiennes éprouvait des difficultés quant à sa recapitalisation, et ses actions se négociaient à moins d’un dollar – mais, nous pensions que la société allait se redresser. À l’époque, il s’agissait d’un investissement controversé, mais le rendement du capital investi ressemblait énormément à celui d’un capital-investissement sur le plan de son ampleur.

Bob Farquharson portrait
Bob Farquharson portrait

Pour conclure, quelles sont vos perspectives à l’égard du marché canadien l’an prochain et au-delà?

BF : Au sens large, l’argent va devenir plus cher, mais il est encore très abordable – ce qui est de bon augure pour les marchés.

MA : Je suis d’accord. Les taux d’intérêt restent extrêmement bas et devraient étayer des évaluations supérieures de même que des flux positifs sur le marché canadien si l’économie mondiale demeure solide. À plus long terme, les plaques tournantes des technologies, soit des villes comme Waterloo, en Ontario, qui continuent à produire des exemples de réussite, devraient présenter davantage de potentiel aux investisseurs. Les domaines de la durabilité ainsi que des innovations vertes devraient influer sur le marché de manière plus importante au cours des prochaines années.

W. Robert Farquharson
W. Robert Farquharson, CFA®
Membre du conseil d’administration et vice-président du conseil
La Société de Gestion AGF Limitée
Mike Archibald
Mike Archibald, CFA®, CMT, CAIA
Vice-président et gestionnaire de portefeuille
Placements AGF Inc.
Membre du conseil d’administration et vice-président du conseil

W. Robert (Bob) Farquharson est administrateur et vice-président du conseil d’administration de La Société de Gestion AGF Limitée, de même que président du conseil d’administration d’AGF Asset Management Asia.

Il s’est joint à AGF en 1963 à titre d’analyste, avant d’être promu gestionnaire de portefeuille en 1965. En 1973, il a été nommé vice-président de La Société de Gestion AGF Limitée et en 1977, membre du conseil d’administration. De novembre 1987 à mars 1991, il a été président de La Société de Gestion AGF Limitée, avant d’être désigné vice-président du conseil d’administration, en mars 1991. Il a été président du conseil de l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC) et administrateur de la Bourse de Toronto.

Titulaire d’un baccalauréat en commerce de l’Université de Toronto, M. Farquharson est aussi analyste financier agréé (CFA®).

CFA® (Chartered Financial Analyst®) est une marque de commerce du CFA Institute.

Vice-président et gestionnaire de portefeuille

Mike Archibald est responsable des stratégies d’actions de croissance canadiennes AGF. Il fait appel à une démarche d’investissement ascendante et utilise des données quantitatives, fondamentales et techniques afin de cerner les sociétés dont les bénéfices suivent une croissance et un élan vigoureux, dont la direction est très compétente et dont le flux de trésorerie disponible est considérable.

M. Archibald s'est joint à l'équipe d'AGF en 2015, à titre de gestionnaire de portefeuille adjoint spécialisé dans la recherche, l'analyse et la sélection d'actions nord-américaines. Avant de se joindre à AGF, il était gestionnaire de portefeuille à Aurion Capital Management Inc., où il était responsable de la recherche, de la sélection de titres et de la gestion de portefeuilles de placements en actions pour des régimes de pension. Auparavant, il a travaillé à CPMS (Computerized Portfolio Management Services), une société spécialisée en recherche sur les valeurs mobilières fournissant des données fondamentales et quantitatives sur des placements à des gestionnaires de fonds institutionnels et de détail.

Mike Archibald est titulaire d’un baccalauréat spécialisé en administration des affaires de l’Université Wilfrid Laurier. Il est analyste financier agréé (CFA®) et possède également les titres CMT et CAIA.

CFA® (Chartered Financial Analyst®) est une marque de commerce du CFA Institute.

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