Avec ou sans la Chine

le 6 décembre 2021 | Par: Regina Chi

Avec ou sans la Chine

Les arguments sont solides pour ce qui est d’investir dans la deuxième plus grande économie du monde – mais ceux qui concernent les autres marchés émergents le sont également.

En 2021, les titres chinois ont peiné à répondre aux promesses de redressement d’une des grandes économies, à la croissance la plus rapide au monde, depuis les profondeurs imputables à la pandémie. Au 31 octobre 2021, l’indice MSCI Chine, qui représente plus de 700 grandes et moyennes capitalisations, avait reculé d’environ 14 % en dollars américains pour le cumul de l’année, selon FactSet. Relativement aux données d’autres marchés émergents (ME) importants, il s’agit d’un résultat médiocre. Sur la même période, l’indice MSCI Indonésie était en hausse de plus de 4 %, tandis que les indices MSCI Inde, MSCI Argentine et MSCI Russie s’étaient appréciés de plus de 25 %, 34 % et 37 %, respectivement.

Les investisseurs sur les ME sont fort préoccupés par la possibilité que ce sous-rendement ne soit pas seulement une anomalie passagère. Pour de nombreux observateurs, le gouvernement chinois a adopté une ligne plus dure en 2021, à l’égard de nombreux fronts économiques et politiques; entre autres sa réglementation accrue vis-à-vis des sociétés de l’économie numérique, son accent sur les objectifs de partage des richesses dans le cadre de la « prospérité commune », son approche en matière de droits de l’homme dans la province de Xinjiang ou sa position controversée sur l’indépendance de Taïwan – tous des obstacles potentiels qui pourraient nuire aux titres chinois dans leur ensemble. Si l’on ajoute les tensions commerciales avec l’Occident, il n’est pas étonnant que certains Occidentaux se demandent à voix haute si la Chine est un investissement à éviter.

La réponse à cette question est non. Après tout, « sortir » de la Chine signifierait tourner le dos au potentiel de la deuxième plus grande économie au monde – et qui est en voie de devenir la plus importante d’ici 2030, selon la Banque mondiale. Cela signifierait également rater les occasions d’investissement que présente la plus grande classe moyenne du monde, soit 400 millions (et augmentant sans cesse) de consommateurs chinois à revenu moyen. Néanmoins, pour certains investisseurs, ce potentiel à long terme pourrait ne pas suffire à les maintenir exposés à un marché qui les préoccupe profondément sur le plan économique, politique ou éthique. Il convient donc de se poser la question : à quoi ressemblerait une stratégie de répartition de l’actif axée sur les ME sans la Chine?

Plus grandes économies au monde d’ici 2030 (classement selon le PIB nominal)

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Source : Centre for Economics and Business Research, World Economic League, tableau de 2021.

En réfléchissant à cette question et en considérant la pondération actuelle des titres chinois dans les indices généraux des ME, deux choses apparaissent clairement. D’une part, la Chine occupe une place importante, voire trop importante. D’autre part, en retirant la Chine des ME, nous pourrions obtenir un portefeuille plus diversifié et plus équilibré. Cela pourrait peut-être également permettre aux investisseurs de profiter d’une tendance séculaire importante : la numérisation des économies émergentes.

Examinons d’abord la pondération des titres chinois au sein des indices des ME les plus suivis. La Chine représente 34 % de l’indice MSCI ME – contre 15 % pour Taïwan, soit le double de ce deuxième ME le plus important – et 36,5 % de l’indice FTSE ME, selon les deux fournisseurs d’indices. Au sommet du marché, la Chine comptait pour plus de 40 % de ces deux indices. En soi, cela constitue un risque de concentration accru, mais les investisseurs dans les indices de ME sont également confrontés à une plus grande concentration régionale en raison du poids de la pondération de la Chine. D’un point de vue régional, les titres asiatiques occupent 78 % de l’indice MSCI ME, puis l’EMOA 14,3 % (Europe, Moyen-Orient et Afrique) et l’Amérique du Sud seulement 7,3 %. En excluant la Chine, cependant, ces valeurs régionales deviennent plus importantes, car la pondération de l’Asie chute à 67 %, tandis que celles de l’EMOA et de l’Amérique du Sud s’élèvent à 21,6 % et à 11,1 %, respectivement. Une stratégie hors Chine resterait axée sur l’Asie, mais de façon beaucoup moins substantielle.

En faisant abstraction de la Chine, il est possible de mieux diversifier parmi les régions des ME, tout comme d’atteindre un meilleur équilibre au sein de marchés donnés. Comme nous l’avons indiqué précédemment, la Chine domine l’indice des ME, car sa pondération dépasse de près de 20 points de pourcentage celle du deuxième plus grand ME. Dans le cadre d’une stratégie hors Chine, toutefois, les trois premiers pays obtiennent un poids à peu près équivalent : Inde, Taïwan et Corée – soit environ 20 % chacun de la pondération totale. Ainsi, cette dernière est plus équilibrée, ce qui pourrait être très important en regard de l’Inde, car les titres de ce pays tendent à être moins corrélés avec ceux de la Chine que le sont ceux de la Corée ou de Taïwan.

Cependant, les avantages potentiels d’une stratégie hors Chine vont au-delà d’une diversification accrue et d’un portefeuille mieux équilibré en matière de ME. Le fait de se dégager du poids d’une pondération en titres chinois pourrait également révéler des occasions à long terme sur d’autres marchés. Prenons par exemple le commerce en ligne, soit l’une des excellentes occasions encore à réaliser pour les investisseurs sur les ME – à l’extérieur de la Chine, du moins. Selon l’indice MSCI Chine, il est dominé par trois titres de sociétés point-com et de ventes de détail/technologies, secteurs qui accaparent 45 % de l’indice. Avant 2021, en Chine, les titres de l’économie numérique étaient les grands gagnants du boom du cybercommerce, et les ventes de détail en ligne y représentaient déjà 24 % du total des ventes de détail. Mais du fait de la réglementation croissante, l’essor de ce secteur – et le potentiel de hausse des titres de commerce électronique en Chine – pourrait être plafonné. Cela n’est pas le cas sur les autres ME. En Inde, par exemple, les ventes de détail en ligne ne comptent que pour 7 % du total des ventes de détail, et dans l’indice MSCI ME (hors Chine), la pondération des sociétés point-com et de ventes de détail/technologies ne se chiffre qu’à 6 %. Le commerce électronique pourrait se développer sur tous les ME, mais il a plus de place pour croître – et peut le faire plus rapidement – dans les marchés en dehors de la Chine.

Vu de cet angle, il est possible de convaincre ou non les investisseurs de « sortir » de la Chine – ce qui, nous nous empressons d’ajouter, ne constitue pas notre objectif principal. Cependant, ces observations suggèrent manifestement que les investisseurs pourraient bénéficier d’un regard différent relativement à l’influence de la Chine sur les rendements des ME. Par exemple, les États-Unis représentent plus de 60 % de l’indice MSCI Monde, créant un risque de concentration encore plus important que celui de la Chine sur les ME. Pour remédier à cette situation, les investisseurs adoptent de plus en plus une stratégie qui attribue des pondérations discrètes au marché américain dominant tout en s’exposant aux marchés développés en dehors des États-Unis par l’entremise d’indices tels que l’indice MSCI Monde (hors États-Unis) et l’indice MSCI EAEO (Europe, Australasie et Extrême-Orient). Une approche semblable à l’égard de la Chine pourrait procurer des avantages similaires en ce qui a trait à la diversification sectorielle et géographique de même qu’à l’équilibre d’un portefeuille, tout en permettant aux investisseurs de s’intéresser à des occasions ciblées en Chine.

De façon plus générale, cet exercice d’exclusion de la Chine des ME met en lumière certaines des difficultés du regroupement des ME sous un même ensemble d’occasions. Les rendements des titres des ME (plus que certaines autres catégories d’actifs) ainsi que leurs potentiels sont fonction de facteurs locaux d’ordre politique, économique et social qu’aucun indice général – aussi utile qu’il soit en tant qu’indice de référence – ne peut saisir pleinement. Les ME ne sont pas tous pareils, et la Chine diffère des autres ME. Au lieu de tout simplement renoncer à la Chine, il faudrait y investir de manière plus prudente afin de commencer à en reconnaître les risques ainsi que le potentiel, tout en saisissant les occasions que présentent d’autres marchés.


Regina Chi
Regina Chi, CFA®
Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille
Placements AGF Inc.
Vice-présidente et gestionnaire de portefeuille

Regina Chi est la responsable des stratégies des marchés émergents d’AGF. Elle recherche des sociétés de qualité qui présentent des catalyseurs fondamentaux et des avantages concurrentiels viables à long terme, doublés d’évaluations attrayantes. Mme Chi est membre du Comité de répartition de l’actif AGF, un groupe de spécialistes chevronnés en matière d’investissement qui se réunissent chaque trimestre pour échanger, de même que pour analyser et évaluer l’actualité macroéconomique et les marchés de capitaux, afin de déterminer une répartition optimale de l’actif. Elle copréside également le Comité d’AGF consacré à la diversité et à l’inclusion, lequel vise à réaliser ou à accentuer une sensibilisation à l’échelle organisationnelle, à l’égard des questions de diversité et d’inclusion, de même qu’à promouvoir les pratiques exemplaires en la matière au sein de la Société.

Elle possède plus de 25 ans d’expérience en matière d’actions internationales. Auparavant, elle était partenaire dans une société d’investissement spécialisée aux États-Unis, où elle occupait le poste de gestionnaire de portefeuille dans les domaines des valeurs internationales et des marchés émergents. Elle a également été chef de la gestion de portefeuilles et de la recherche relativement aux stratégies des petites capitalisations internationales, des titres internationaux, des titres mondiaux et des marchés émergents. Auparavant, elle a exercé divers rôles mettant à profit son expérience en gestion des investissements au sein de plusieurs sociétés de placements, spécialisées ou de grande envergure, aux États-Unis.

Mme Chi est analyste financière agréée (CFA®) et titulaire d’un baccalauréat en économie et en philosophie de l’Université Columbia. Elle est également membre de l’association 100 Women in Finance, dont le travail vise à renforcer l’industrie de la finance mondiale en donnant aux femmes les moyens d’atteindre leur potentiel professionnel à chaque étape de leurs carrières.

Inscrite à titre de gestionnaire de portefeuille à Placements AGF Inc. et AGF Investment America Inc. CFA® (Chartered Financial Analyst®) est une marque de commerce du CFA Institute.

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